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A chaque fois, c’est la même histoire : journée pourrie, salle de concert à plus d’une heure porte à porte, coup de flemme, coup de fatigue : j'y vais, j'y vais pas ?

La question s’était déjà posée plusieurs fois. La veille par exemple. Après quelques tergiversations, je m’étais décidé à me traîner jusqu'à cette salle de concert, au milieu du quartier le plus pourri de San Francisco. Ayant évité plusieurs fois de me faire agresser en chemin, j’arrive devant la salle. Là, personne. Le panneau annonce fièrement : Do Make Say Think, Tue. Un lundi soir. Et merde.

Mardi soir, donc : ma motivation est encore plus basse que la veille, mais un semblant d’orgueil (et le billet déjà payé à retirer au guichet) me pousse quand même à retourner au Great American Music Hall.

Bien m’en a pris. À chaque fois c’est la même histoire, je prends une énorme claque.

On pourra arguer sur la sur utilisation de la métaphore dite du « dans ta face », mais dans le cas de Do Make Say Think, l’implication physique est bien réelle. Un mur du son sur lequel vous pourriez vous appuyer, qui vous enserre comme une nasse pour ne plus vous relâcher, des crescendos qui font se dresser tout ce que votre corps compte de pilosité sur tout ce qu’il a d’épiderme, puis une envie compulsive d’acheter tous leurs disques à la sortie.

Le blog San Franciscain Spinning Platters l’écrit très bien (et je reprends lâchement), la formule Do Make Say Think est simple et plus ou moins toujours la même : « construire un morceau autour de riffs répétés, de plus en plus intense, de plus en plus fort. Empiler les instruments des 9 personnes sur scène. Jouer toujours plus fort, jusqu’à ce que vous ne pouviez plus jouer plus fort, puis montez le volume. Continuez à construire, encore et encore, jusqu’à atteindre un gigantesque paroxysme ».



Évidemment, c’est plus ou moins la même chose pour chaque groupe de post-rock. A chaque fois, on se dit que cette fois on ne va pas se faire avoir, qu’à nous on ne le fait plus. Et comme l’année dernière sur album avec The Other Truths, on est encore pris au dépourvu par la maîtrise totale de la recette par les Do Make Say Think, qui arrivent à allier perfection technique et décharges émotionnelles dans un seul et même crescendo.

Do, morceau inaugural de The Other Truths sonne le début d’une charge qui ne connaîtra pas de temps mort. Make et Say y passeront aussi, avant que le groupe n’accélère la cadence avec une série de titres plus courts, frénétiques et quasiment dansants. Sur Executioner Blues ou Horns of a Rabbit, les jambes et le public s’emballent et la réponse physique aux charges sonores de DMST se fait encore plus forte. Le retour à la réalité, via un encore plus calme, est presque dispensable, mais loin de gâcher un concert exemplaire, preuve supplémentaire qu’il est parfois bon de faire l’effort de sortir de chez soi pour pleinement apprécier la musique.

En écoutant la musique de Bowerbirds, on pourrait s’attendre à se retrouver sur scène face à une bande de bûcherons hirsutes portant fièrement la chemise à carreaux. Ça tombe plutôt bien : des 4 membres du groupe seule Beth Tacular, l’accordéoniste, n’exhibe pas une belle barbe fleurie. On ne lui en voudra pas.

Pour la musique aussi, les Bowerbirds restent fidèles à eux-même, offrant exactement ce que l’on attend d’eux, à savoir un joli moment de communion avec un public tout aussi barbu qu’eux. Pas de surprises mais un bel engagement derrière leurs ballades folk pastorales. L’accordéon de la belle Beth donne un air balkanique à certains morceaux. Les harmonies vocales, tendance Crosby, Stills & Nash (ou Fleet Foxes, selon la génération), dégagent une belle émotion et les meilleurs morceaux de leurs deux albums (In Our Talons, Olive Hearts, Northern Lights, Chimes) offrent de jolis sommets. Rien d'éblouissant ou d'inoubliable mais une prestation réjouissante et de jolis sourires à la sortie.

D'autant que peu avant, Julie Doiron avait offert une première partie de l’espace. Un show touchant de minimaliste : deux guitares, deux minuscules amplis, une pédale perdue en cours de tournée. Entre faux départs et crises de fous rires, une Julie visiblement fatiguée mais hilare de bout en bout envoie son guitariste à la batterie ou raconte ses mésaventures au public, en n’oubliant pas d’offrir quelques jolies comptines lo-fi à un public parfaitement réceptif.

Une soirée qui donnerait presque envie de se laisser pousser la barbe.

Si le samedi, plutôt consacré à l’électronique avait pu me laisser légèrement sur ma faim, notamment à cause d’une tête d’affiche en carton, la journée de dimanche, avec son affiche aux allures de Top Albums 2009, s’annonce autrement plus excitante. Constat : j’aurais sans doute payé pour 6 des 7 derniers groupes ou artistes de la journée. Jugez plutôt : Grizzly Bear, Beirut, The Walkmen, The Decemberists, Yo La Tengo et The Flaming Lips. Et c’était avant que je me mette à écouter Hüsker Dü. Le temps clément de la veille, s’est malheureusement fait la malle. Heureusement le froid n’affecte pas le hipster, encore plus omniprésent que la veille.


Les locaux de Sleepy Sun, dont j’aurais, j’espère, l’occasion de reparler, joue un peu trop tôt et j’arrive donc pour la fin du set de Thao & The Get Down Stay Down. Pas assez pour me faire une idée. A réécouter si l’occasion se présente. Changement de scène pour aller voir Spiral Stairs. La foule est clairsemée en ce début d’après-midi pour écouter le guitariste de Pavement présenter les titres de son dernier album, The Real Feel. Ce n’est pas désagréable, le jeu de guitare de Scott Kannberg est reconnaissable entre mille et ces musiciens font le boulot. Mais on sent qu’il manque quelque chose. Stephen Malkmus peut-être ? C’est d’autant plus flagrant lorsque le groupe reprend Pavement. Avec pour principale conséquence de ne vous faire attendre avec impatience la tournée de reformation prévue pour 2010. "I hope to play that again someday. Do you think it will happen?"

Direction la grande scène pour un groupe qui colle à merveille à l’ambiance du festival : Edward Sharpe and the Magnetic Zeros. Le leader du groupe, qui ne s’appelle pas Edward Sharpe (mais Alex Ebert), est la chainon manquant entre Devendra Banhart et Jésus. Grand, ascétique, cheveux longs, pantalon bouffant, rapidement torse-nu et adoptant à l’occasion quelques postures christiques, il semble tout droit échappé du Haight-Ashbury des 60’s. Up From Below, enregistrement freak-folk néo-hippie est l’album que Banhart aimerait réussir à ressortir. Le groupe dans son ensemble affiche une belle communion et la bonne humeur est communicative (à moins que ce ne soit les volutes de fumée qui s’élève du public). Ça siffle, le claviériste joue par terre, les trompettes s'en mêlent et tout le monde est hilare. On peut ne pas adhérer à l’état d’esprit, difficile de ne pas se laisser charmer par ces Magnetic Zeros. Une bande d'aliens, incognitos en tribune a en tout cas l'air d'apprécier.

J’esquive la performance de Vetiver, dont l’album de folk gentillet ne m’avait pas laissé un souvenir impérissable et reste sur la grande scène. Car derrière, c’est Grizzly Bear qui débarque pour défendre Veckatimest, sensation indie de l’année. Débarquer est un bien grand mot, car même si le public leur réserve un accueil triomphal, Grizzly Bear reste un groupe de garçons bien propres sur eux. Veckatimest est parfaitement éxécuté, produit, réfléchi jusque dans ses moindres détails et les qualités d’écriture du groupe sont irréfutables. Two Weeks et Ready, Able sont deux des plus beaux morceaux écrits cette année. Mais j’en viens parfois à espérer un grain de folie qui rendrait le tout complètement inoubliable. Même constat pour la prestation live. Tout est parfait, le son est fabuleux, les arrangements millimétrés. Je ne peux cependant m’empêcher de trouver ça un peu froid. La météo n'aide pas (le vent siffle dans les micros entre les morceaux) et Edward Droste a revêtu son plus bel imperméable pour l'occasion.

Il suffirait de peu. Lorsqu’un rayon de soleil réussit enfin à percer et à nous réchauffer un peu, à l’exact moment où Ready, Able entame sa montée en puissance, on touche au sublime. Dommage qu’il manque ce petit quelque chose pour vraiment faire la différence le reste du temps. Trop sages, Grizzly Bear ?

Arrivé à ce point, viens mon principal regret du festival : avoir profité du concert de Bob Mould pour me reposer un peu (et donc manqué la prestation de l’ancien leader d'Hüsker Dü). J’avoue (avec un peu de honte) n’avoir jamais écouté Hüsker Dü avant le festival. J’ai rattrapé mon retard depuis en achetant la quasi-intégralité de leur discographie.

Coming next : Beirut. J’avais beaucoup écouté Gulag Orkestar, beaucoup moins The Flying Club Cup et pas du tout le double EP sorti l’année dernière. Un peu de lassitude face à une formule qui tourne en rond ? Peu importe, dès les premières notes, toute inquiétude est balayée. Déjà, le son est excellent. Voire plus. Sans doute le meilleur qu’il m’ait été donné d’entendre à un concert « rock », qui plus est en plein air où la médiocrité règne généralement. La qualité était déjà très bonne, mais là on atteint définitivement un sommet. Forcément ce qui suit n’en est que plus agréable. Derrière, la prestation offerte par la troupe cuivrée de Zach Condon est du même niveau. C’est à dire parfaite.

Il faut dire que j’ai une affection particulière pour les cuivres (cette saleté de saxophone n’est pas un cuivre) et qu’un final à la trompette bien mené a de grandes chances de me faire chavirer (cf. Fake Empire, Alone Again Or ou tout bon morceau d’Okkervil River). Peu importe les morceaux joués, quels que soient les reproches que j’ai pu faire à Beirut, les voilà donc effacés d’un coup de trompette magique. Avec le soleil couchant qui se permet d’offrir quelles jolis reflets pour accentuer le tout. Magique. Définitivement le meilleur adjectif pour décrire ce qui vient de se passer.

Les choses auraient pu s’arrêter là. Mais elles ne font que commencer. Le soleil se couche au dessus de San Francisco offrant une ambiance crépusculaire tout à fait propice à l’entrée en scène des Walkmen. Lumière rouge sur la scène. Ciel rouge en arrière-plan.
Que dire de The Walkmen ? Que Hamilton Leithauser est le chanteur le plus classe du monde ? Qu’il renvoie à ses cours de chant n’importe qui tenterait de l’imiter ? Que le groupe derrière lui n’est pas non plus pour rigoler ? Que The Rat est le meilleur morceau rock de ses dix dernières années ? ‘nuff said comme on dit ici.

Le feu d’artifice continue, sous la forme d’un opéra rock offert par The Decemberists, avec un Hazards of Love joué dans sa quasi intégralité. Si ce choix a pu laissé sur sa faim les fans du groupe, pour le néophyte il s’avère judicieux. Avec ses thèmes récurrents, ses changements de personnage et ses ambiances élaborées, soutenues par un film d’animation particulièrement développé (et accessoirement souvent hypnotisant), The Hazards of Love se révèle plus qu’un simple album et révèle toute son étendue, dans la lignée d’autres grands concept albums.

Le début du set de Yo La Tengo se révèle presque la première déception depuis plusieurs heures. Les titres du dernier album (Here to Fall, Periodically Double or Triple) semblent mal adaptés à la scène et peinent à faire décoller le concert et à convaincre les spectateurs. D’autant plus que sur la grande scène, beaucoup sont déjà aux premières loges pour se faire rouler dessus par Wayne Coyne (on y revient). Mais il suffit à Ira Kaplan et ses troupes d’embrayer sur les vieux classiques (Decora, Stockholm Syndrome, I Heard You Looking) et les expérimentations bruitistes pour instantanément se remettre au niveau de la journée. Les efforts du trio d’Hoboken parviennent même à faire tourner quelques têtes dans les files d’attente devant les stands de nourriture. Un signe qui ne trompe pas. Rendez-vous est pris dans une ambiance plus intimiste.

Quoi de tel pour clôturer cette bien belle journée qu’un grand feu d’artifice. C’est à peu près ce à quoi ressemble un concert des Flaming Lips. Entrée en scène via une interprétation assez littérale du nom du groupe, canons à confettis, ballons géants lancés sur la foule, budget figurants inutiles explosé, le rituel est désormais connu mais fait toujours son effet. A commencer par l’inévitable « Je suis Wayne Coyne et je marche sur la foule dans un ballon géant », moment attendu de la soirée.

C’est con, c’est mégalo, mais sur des titres comme The Yeah Yeah Yeah Song ou Do You Realize?, l’effet est incontestable. On notera pour faire les rabat-joies que le retour à des ambiances plus torturées d’Embryonic colle un peu moins bien à l’ambiance Peter Pan du set, mais c’est vraiment pour ne pas vous rendre trop jaloux. Les visages illuminés par des sourires béats ne mentent pas, ce fut une bien belle journée de festival. Rendez-vous l’année prochaine ? J’y serai, je vous attends ;-)

Jim Hawkins et Long John Silver sont des crétins. Quelle idée de partir faire le tour du monde en bateau pour trouver une île au milieu de la baie de San Francisco . Il suffit de prendre le Bay Bridge, ça vous évite tout un tas de problème de pirates…

Si vous venez de l’East Bay, une curieuse mise en place des navettes (seul moyen d’accéder à l’île pour le festival) vous oblige cependant à traverser une fois et demi. Ce qui serait sans doute beaucoup plus pénible si la vue n’était pas aussi belle sur le pont.

A défaut de pirates, il faut néanmoins se coltiner une autre espèce douteuse, le hipster. Échappé pour l’occasion de son Mission District de résidence, lunettes multicolores, pantalons serrés et pilosité faciale soigneusement négligée. Dès la file d’attente (où l’on essaye en plus de me vendre du space brownie), me voilà rassuré, je suis bien à San Francisco. J’espère qu’il y aura de la boue, ils auront l’air con avec leurs sandales.

Les 45 minutes d’attente pour monter dans les navettes me font craindre le pire pour la fin de soirée mais sont facilement compensés par la vue sur la skyline de San Francisco depuis à peu près n’importe où sur le site du festival. Le festival est de taille modeste (14 000 spectateurs selon les organisateurs, 0 selon la police, totalement absente du week-end), l’ambiance bon enfant, voire franchement hippie (bien aidée par une fouille pas franchement poussée à l’entrée du site) et le temps en ce 17 octobre est celui très agréable d’une fin d’été (on imagine déjà moins un festival en plein air à Chicago à cette période de l’année).

Les deux scènes, à portée d’enceintes l’une de l’autre, mais aucun concert n’étant programmé simultanément, il s’agira juste de faire les bons choix en termes de placement. Certains s’avèreront difficiles, particulièrement le dimanche, mais la possibilité de voir chacun des groupes présents est vraiment appréciable.

Après une impasse faite sur Murs (et un mauvais jeu de mot évité), j’arrive sur place peu après le début du set de Passion Pit. Après avoir déchaîné les passions avec le succès inattendu de Sleepyhead, Passion Pit a peiné à confirmer, se plaçant en sorte de MGMT bis, malgré quelques jolis moment sur album, notamment Moth’s Wings. Verdict semblable sur scène : quelques jolis moments (Sleepyhead et Moth’s Wings en tête) et une performance qui s’accorde bien à l’ambiance et au soleil californien, mais à trop vouloir être hype, le tout semble un peu vain et la voix suraigüe de Michael Angelakos tend parfois vers l’irritant. Les hipsters sont néanmoins contents, j’aurai probablement oublié Passion Pit l’année prochaine. Bonne nouvelle du concert : le son est vraiment bon.

La performance qui suit s’avère beaucoup plus mémorable. La réputation des concerts de Dan Deacon n’est plus à faire et n’est pas volée. Ne vous laissez pas avoir par son physique improbable (gros barbu dégarni et hirsute vêtu d’un jersey de hockey), Deacon est un entertainer, un vrai. Depuis la sortie de Spiderman of the Rings, le bonhomme a eu le temps de rôder son show et malgré tout ce qu’on a déjà pu en lire, la formule surprend toujours. Pour commencer, alors que Deacon a vraisemblablement bidouillé ses albums tout seul, il y a du monde sur scène : 3 percussionnistes, pas moins de 4 claviers placés en cercles, des xylophones, un type déguisé en disque rouge qui sautille et ne sert à rien. A l’image de la musique, c’est un sacré bordel. Rythmiques démentes et hurlements suraigus, accompagnés de quelques transitions mystico-tarés ("Imagine a fictional horse in the majestic heaven") font déjà bouger les pieds de manière incontrôlable.

Mais c’est lorsqu’il fait appel à la foule pour un dance contest ou un tunnel humain que les choses deviennent vraiment folles. Deacon finit le concert épuisé (il enchaînera néanmoins sur un autre concert le soir même à San Francisco) mais visiblement heureux. Le public aussi.

Après avoir, à raison, assisté à ce formidable spectacle depuis la fosse, c’est donc de loin que j’assiste à la performance de The Streets. La performance du britannique détonne un peu par rapport à l’ambiance du festival et Mike Skinner n’hésite d’ailleurs pas à placer quelques remarques bien senties sur l’accoutrement de son public. L’ami Mike aimerait aussi bien que les spectatrices tombent le haut, mais malgré ses appels répétés, aucune ne lui donnera satisfaction. Pour se venger, il n’arrête pas de parler de Sacramento. Je n’ai pas trop compris pourquoi. C’est un peu mon problème avec The Streets ; Skinner a des mélodies plutôt intéressantes, un flow cockney hilarant, place quelques répliques cultes ("I’m not fucking Bon Jovi"). Mais ce serait sans doute mieux si je comprenais ce qu’il raconte…

Une évaluation rapide me permet de classer la performance de DJ Krush dans la catégorie nullissime et il est temps d’aller voir les Brazilian Girls. Soyons concis, c’est nul. Les Brazilian Girls (qui ne compte qu’une représentante du sexe féminin et vienne de New York) sont une espèce d’horreur arty sans nom, mélangeant vaguement les genres, les styles et les langues pour en faire une infâme bouillie sans saveur. Un désastre qui culmine avec une chanson dont les paroles consiste en une répétition sans fin du refrain "Sexy Asshole" par une chanteuse en sous-vêtement sous un déguisement cœur en carton. No comment.

On oublie rapidement tout ça (et le drum’n’bass qui suit sur l’autre scène, par un duo dont j’ai déjà oublié le nom) et on recharge les batteries à coup de hot-dogs hors de prix pour les canadiens de MSTRKRFT à la tombée de la nuit. Je ne connais pas grand chose de leur œuvre et je n’ai toujours pas écouté leurs albums, mais il faut avouer que la performance des deux DJ canadiens, enflammant sans peine un dance-floor de plusieurs milliers de personnes fut plutôt enthousiasmante. Une fois sortis de sous leur table, les deux larrons donnent le ton, il va y avoir de la basse. Armés de leurs moustaches de pédophile (Justice leur doit tout) et leur bouteille de Crown Royal, les deux larrons envoient la purée et mixent les classiques (Daft Punk, Justice, Benni Benassi). Rien de franchement original, mais avec un DJ set de qualité et du gros son, difficile de ne pas se laisser emporter par l’enthousiasme général. Bohemian Rhapsody, improbable conclusion est reprise à l’unisson. Mission accomplie pour MSTRKRFT.

Pas le temps de traîner (ou de se payer un hot-dog hors de prix), Greg Gillis attaque déjà sur l’autre scène. Comme pour Dan Deacon, il y a du monde sur scène, mais ici seul Gillis, aka Girl Talk, fait quelque chose. Un quelque chose qui pourrait ressembler à une imposture puisque l’unique activité du monsieur semble être de s’agiter frénétiquement devant son MacBook. Peu importe, son mashup est tellement entrainant qu’on se laisse prendre au jeu. Le sourire béat du voisin indique généralement qu’il vient de reconnaître un sample. Gillis mélange sans retenue Jay-Z et Nirvana, Radiohead et Eurythmics… et ça marche. Ajoutez à la recette du lancer de rouleau de PQ et des ballons débiles et vous obtenez une jolie fête, à laquelle je regrette juste de ne pas avoir pu assister de plus près.

La soirée s’achève sur un dilemme : aller voir MGMT, dont la (mauvaise) réputation live n’est plus à faire et accompagner ses potes ou prendre discrètement la poudre d’escampette pour ne pas attendre des heures une place dans une navette. Merci donc à MGMT d’avoir résolu le problème avec une des plus stupides décisions live de l’année : "this is our last concert for some time, so we’re gonna play our album in the order". Parfait, donc après la 5, je peux me barrer, il n’y a plus rien. MGMT c’est 3 hits (Time to Pretend, Electric Feel et Kids). Trois très bons titres, ayant connu un tel succès, qu’appuyer sur le bouton play suffirait à rendre le public dingue. Le problème c’est que c’est grosso modo ce qui s’est passé. Le groupe est amorphe, joue ses morceaux tels quels sans rien y insuffler. Les déguisements psychés qui donnait un petit cachet à Oracular Spectacular ont été rangés au placard. Sur scène, deux types tout à fait normaux, l’air totalement dépassé. Comme prévu, je décolle dès les dernières notes de Kids retombés (et je ne suis pas le seul apparemment...).

J’ai besoin d’un peu de repos, la journée de demain s’annonce encore plus chargée.

Je ne veux pas vous rendre jaloux.


Enfin un peu quand même.

Ce week-end c'est le Treasure Island Music Festival à San Francisco et dire que la programmation est alléchante est un joli euphémisme. Aperçu en playlist et live-reports à suivre.

PS : Neil est excusé pour demain. Retour dès dimanche prochain.


Saturday: Electro - Hip-Hop

Murs - Everything
Dommage qu'il soit programmé si tôt, avant des DJs à priori pas passionnants car son Murs for President valait le détour en 2005.

Passion Pit - Sleepyhead
Annoncés comme les nouveaux MGMT, les Passion Pit n'ont pas franchement survécu à la hype. Restent de chouettes morceaux comme ce Sleepyhead qui avait tout déclenché.

Dan Deacon - Bromst
Le concert à ne pas rater ? Les performances du gros Dan sont apparemment toujours mémorables, dans la lignée d'albums bordéliques et euphorisants.

The Streets - Dry Your Eyes
Un rappeur à l'accent Cockney au pays du gangsta-rap. A voir...

Girl Talk - Hands in the Air

L'autre indispensable de la journée. A en croire les dizaines de bootlegs dispos sur le net, le mash-up de Greg Gillis est encore meilleur en concert.

MGMT - Kids

La réputation live du groupe n'est plus à faire. Malheureusement dans le mauvais sens. J'irais peut-être jeter une oreille pour voir... à moins que je ne décide de me préserver pour le lendemain.


Sunday: Pop - Rock

Thao With The Get Down Stay Down - Bag of Hammers
La régionale de l'étape et peut-être la curiosité de la journée. Idéal pour s'échauffer?

Spiral Stairs - Stolen Pills (par ici)
Avant la reformation de Pavement l'année prochaine, Scott Kannberg ne chôme pas et son groupe Spiral Stairs sort un album la semaine prochaine. A découvrir live ce week-end ?

Edward Sharpe & The Magnetic Zeros - 40 Day Dream
Si le soleil manque dimanche après-midi (ce qui heureusement n'est pas prévu), Edward Sharpe devrait se charger d'en ramener.

Vetiver - Everyday
Du pop-folk de facture classique, mais de qualité. Idéal en milieu d'après-midi ?

Grizzly Bear - Slow Life
On ne les présente plus. 2009 aura été l'année Grizzly Bear. Victoria Legrand (de Beach House) sera-t-elle là pour interpréter ce magnifique Slow Life ?

Bob Mould - See A Little Light
Le guitariste des séminaux (!) Hüsker Dü sera là pour assurer la partie Classic Rock de l'après-midi.

Beirut - Elephant Gun
Entre Grizzly Bear, Beirut et autres, Treasure Island sera, à n'en pas douter le repaire des hipsters de SF ce dimanche.

The Walkmen - The Rat
Si je devais écrire une wishlist des chansons que je souhaite entendre ce week-end, The Rat serait certainement en tête.
The Decemberists - Sleepless
Cela fait plusieurs années maintenant que je me dis que je dois écouter The Decemberists. A moins d'un gros coup de fatigue, ce sera chose faite dimanche soir.

Yo La Tengo - Autumn Sweater
Les vétérans d'Hoboken ont rarement déçus en 20 ans de carrière. Leur dernière livraison, Popular Songs ne déroge pas à la règle.

The Flaming Lips - Do You Realize?!
J'esprère que le côté plus sombre d'Embryonic n'empêchera pas les canons à confettis de clore en beauté le week-end

My other playlist is on Spotify

Photograph © SF Weekly

@ The Great American Music Hall, San Francisco, 09/18/2009


Enseignement majeur de la soirée, pas des plus agréables : certains ingés sons sont aussi mauvais que leurs homologues français.
Je pensais, avec un tout petit peu d'expérience en la matiere, que les ingés sont étaient censés être dans la salle pendant le concert. Apparemment, ceux du Great Americain Music Hall étaient aux concerts de The Twilight Sad au Fillmore. Ou avaient oubliés d'enlever leurs boules Quiès. Car ne rien faire pour remonter les voix dans le mix, quand le second groupe du plateau vous a fait signe pendant tout son concert et que la prestation de la tête d'affiche s'en retrouve gâchée, relève de la surdité, voire de la stupidité profonde (les chances qu'ils me lisent étant minces, je ne me retiendrais pas d'en dire du mal).
Mention spéciale aussi aux organisateurs de concerts qui s'entêtent a programmer des plateaux a trois groupes. Obligeant le dernier à entrer sur scène sur les coups de 23 heures. Et le public à patienter pendant 2 changements de sets et à partir avant la fin pour attraper le dernier train...

Mais reprenons depuis le début. The Great American Music Hall, dans le quartier du Tenderloin, alias le quartier des clodos, du crime et de l'alcool. Pas le plus sympa de San Francisco. Mais très jolie salle, ambiance théâtre rétro, très propre, parquets, balcons. Et large sélection de bières a prix abordables pour les plus de 21 ans. Le tout pour une jolie affiche indé, tendance Pitchfork avec deux groupes d'abord auto-produits avant d'être consacrés par le webzine américain et une tête d'afiche estampillée Best New Music™.

Premiere surprise, c'est Cymbal Eat Guitars qui ouvre le bal. N'ayant jamais entendu parler de The Depreciation Guild j'aurais juré que ce serait eux qui ouvriraient le bal. J'ai finalement bien fait de ne pas être trop en retard. Les new-yorkais de Cymbal Eat Guitars (Staten Island et pas Brooklyn, pour une fois) surprenne d'abord par leur jeune âge (tout juste 21 ans pour le chanteur). Comme pour les sportifs, il va falloir que je m'y fasse. Un set très frais, tout en déconstruction et en changement de rythmes. Avec des mélodies qui ressortent mieux que sur l'album (le sympathique, sans plus, Why There Are Mountains?)ou elles semblaient perdues dans le bruit. Une prestation très solide et pleine de maturité devant une salle loin d'être pleine, qui donne envie de les revoir un peu plus longtemps (moins d'une demi-heure au compteur pour cette première première partie).

On passera plus vite sur la prestation de The Depreciation Guild, pas désagréable mais incroyablement plate. Rien ne ressort et les morceaux ne décollent jamais, pas aidés par une voix englué dans le mix, malgré les signes frénétiques du chanteur en direction de la table. On se dit que ça va s'arranger pour la suite et on va prendre une bière en attendant, l'occasion de rencontrer quelques compatriotes présents dans la salle.

Mauvaise surprise dès le premier morceau des Pains of Being Pure at Heart : on n'entend toujours pas les voix. C'est d'autant plus dommage que le groupe n'est pas du genre à hurler dans les micros. Et que nos jeunes premiers envoient la sauce. Les morceaux, extraits de l'album et de l'EP Higher Than The Stars, s'enchainent sans temps morts et sont tous très plaisants à écouter, entrainant hochements de tête vigoureux et battement de pieds incontrôlés. Mention spéciale aux tubes de l'album (Young Adult Friction, Stay Alive) et à Higher Than The Stars, sous forte influence Just Like Heaven. Mais sans les voix, l'ensemble se révèle néanmoins un poil répétitif. Et c'est finalement sans trop de regrets (voire un poil déçus et énervés que l'on s'éclipse discrètement avant la fin afin d'attraper le dernier BART pour rejoindre l'autre côté de la baie).

Jay Reatard n'est pas le genre de type à décevoir vos attentes. La pochette de son dernier album, Watch Me Fall pourrait laisser penser que le monsieur n'est pas très avenant. Ça tombe bien, c'est plutôt le cas. Le punk/garage/power-pop/jenesaistropquoi de ses albums et collections de singles pourrait penser que le bonhomme est quelqu'un d'intéressant en live. C'est aussi le cas.

Démonstration ce dimanche après-midi pour un showcase gratuit au Amoeba de Berkeley, où en une petite demi-heure, Jay Reatard a su convaincre la moitié de l'auditoire qui ne l'avait pas déjà fait d'acheter son dernier album, votre serviteur en tête. Une demi-heure, soit la durée approximative du dit dernier album (dont je reparlerais (prenons nos précautions avec un peut-être) peut-être un jour). Une demi-heure de garage/punk, par tranches dépassant rarement les 2 minutes. Du garage/punk avec des cheveux et des poils, un bassiste chevelu qui secoue la tête comme un demeuré , un gros batteur barbu et Jay en cousin machin en débardeur crasseux (le genre de style que vous ne retrouverez pas à un showcase Fnac). Du garage/punk avec de la maltraitance de guitare dans les règles, mais aussi un joli sens de la mélodie, qui donne parfois au tout des accents power-pop. Mais de la power-pop avec des cheveux, de la bière et de la sueur.

Un petit passage à la guitare électro-acoustique n'ayant rien d'acoustique et quelques hurlements et crachats plus loin, Jay laisse sa guitare à un spectateur plutôt médusé avant de sauter du haut d'un rack de CDs (de reggae en l'occurence). Ne vous laissez pas rebuter par son air méchant, la musique de ce type est terriblement accrocheuse.

Et ce dernier album, Watch Me Fall, dont est extrait l'excellent It Ain't Gonna Save Me pourrait bien être le meilleur de Jay Reatard à ce jour.


A noter aussi, la participation de Jay Reatard à cette excellente compilation.

Enseignement à retenir de ce concert :

Pour éviter l'asphyxie sous les coussins, faire 3 rappels.


Reprenons depuis le début. Avant-dernière soirée de ce bien joli festival des Nuits de Fourvière. Changement radical de public. De 18-20 ans avec chapeaux et vestons, on passe à un public de quadras. Hormis quelques ados que leurs parents ont dû trainer là ce soir, je dois être le plus jeune de l'amphithéâtre. Amphithéâtre qui n'a pas tout à fait fait le plein ce soir. D'autant plus que des chaises ont fleuri dans la fosse, limitant donc le nombre de personnes pouvant y prendre place. Et l'ambiance. Mais nous y reviendrons.

La soirée commence d'abord par la prestation de Marianne Faithfull. Je ne le cacherai pas, je ne connaissais rien de la dame avant ce soir, hormis sa liaison avec Mick Jagger et le fait qu'elle ait écrit Sister Morphine sur l'album Sticky Fingers des Stones (l'un des rares albums du groupe que j'apprécie pleinement soit dit en passant). La configuration assise des lieux sied en fait plutôt bien à la performance. Une performance plutôt orienté auditorium : public calme mais attentif, son de qualité, musicien "pros". Rien de transcendant ni de franchement mémorable, mais un bon moment à découvrir les classiques de la Faithfull (As Tears Go By et Broken English si j'ai bien suivi). Sont conviées les mémoires d'Otis Redding, Billie Holiday ou encore Jeff Buckley à qui Marianne dédie la performance (pour une raison dont je n'arrive plus à me souvenir).

La voix est marquée par l'alcool, les drogues et les abus en tout genre mais encore capable de belles choses, comme sur ce Sister Morphine, annoncé comme sa "pièce de résistance", en français dans le texte ou cette belle reprise du Dear God, Please Help Me de Morrissey. Une performance tout en retenue, pas franchement indispensable, mais pas désagréable et une introduction tout en sobriété au répertoire de celle qui fut pendant des années l'illustration du rock'n'roll way of life et de tous ses excès.


25 minutes de pause plus tard, le temps de tout déménager et d'installer une armée de percussions et David Byrne, roi attendu de la soirée, fait son entrée, tout de blanc vêtu, accompagné de ses musiciens et de trois danseurs, tout aussi blancs. Et attaque avec Strange Overtones, meilleur morceau (et accessoirement présent dans mon top de fin d'année) de sa dernière collaboration avec Brian Eno , Everything That Happens Will Happen Today. Tout de suite après, ce sont les percussions du très world I Zimbra qui résonnent sur les hauteurs de la colline de Fourvière. Le public reste pour l'instant bien calme. L'animation elle, est sur scène. L'ensemble du show est chorégraphié avec trois danseurs, Byrne et ses trois choristes étant régulièrement intégrés au mouvement. Si je ne suis pas un fan inconditionnel de danse, je dois me forcer d'avouer que la prestation est particulièrement réussie. La chorégraphie s'accorde particulièrement aux mélodies à tendance world de l'ex-leader des Talking Heads et donne un grand dynamisme à l'ensemble, qui captive les yeux aussi bien que les oreilles.

Au centre de cela, trône le roi David, rayonnant dans son ensemble immaculé, parfaitement accordé à sa couleur de cheveux. La présence scénique est remarquable et la performance vocale est impressionnante (Heaven, à ce titre, fut particulièrement marquant). Ce qu'il a perdu en étrangeté par rapport à sa prestation dans Stop Making Sense, David Byrne semble l'avoir gagné en charisme. Il est sûr de son show et il a bien raison. Les musiciens sont bons, le son est une fois de plus excellent et même certaines compositions du dernier album, pas forcément au niveau des succès passés, reluisent d'un nouvel éclat.

La setlist oscille entre titres Everything That Happens, classique des Talking Heads et morceaux de l'avant-gardiste My Life In The Bush of Ghosts, avec une grande cohérence et un niveau d'excellence impressionant.

Arrivé en milieu de set, les bords de la fosse commencent à remuer. Certains réclament qu'on enlève les chaises pour libérer des jambes qui ne demandent qu'à bouger. David apprécie, mais suggère d'attendre un ou deux morceaux. Deux morceaux plus tard, le combo Once In A Lifetime / Life During Wartime fait enfin se lever les spectateurs lyonnais et on assiste à une étrange migration entre spectateurs de la fosse remontant s'assoir dans les gradins tandis que les plus remuants font le chemin inverse.

Le Take Me To The River d'Al Green, éxécuté en guise de premier rappel, continue sur cette lancée et occasionne un premier jet de coussins, sous le regard pétillant d'un David Byrne visiblement très en forme. Road To Nowhere et Burning Down The House, finissent (littéralement pour Burning Down The House, joué tous projecteurs dehors) de rallumer la flamme nostalgique dans le public. Avant une dernière pluie de coussins et un troisième retour. Everything That Happens clôture cette belle soirée. Les spectateurs sont à court de munitions. David Byrne est bien trop malin pour subir le même sort que Damon Albarn.

A lire aussi : le très bon compte-rendu de Donjipez.

Pour les photos, j'ai un peu triché, celles-ci viennent de You Ain't No Picasso et de la performance à Bonnaroo en juin. Pour la setlist, j'ai extrapolé à partir des dates précédentes, mais ça devait être à peu près ça :

Setlist David Byrne :

Strange Overtones
I Zimbra
One Fine Day
Help Me Somebody
Houses in Motion
My Big Nurse
My Big Hands
Heaven
Air
Life Is Long
Cross-eyed & Painless
Once in a Lifetime
Life During Wartime
I Feel My Stuff

Take Me to the River
The Great Curve

Road to Nowhere
Burning Down the House

Everything That Happens

Compte-rendu du concert de Pete(r) Doherty hier soir à Lyon, sous forme de live-tweet, mais en différé. Si ça vous paraît idiot, c'est sans doute que ça l'est.


20h03 : Retour chez moi. J'ai mal aux jambes.
20h45 : J'y vais ou j'y vais pas ?
20h46 : Où est mon billet ?
20h47 : Ah ouais, 34 euros. Je vais peut-être y aller, en fait.
21h00 : Les Cold War Kids démarrent leur set à l'heure
21h01 : Sauf que je suis en bas de la colline en train de manger une glace
21h12 : Repas improbable du jour : 3 tomates, une tranche de pain beurrée, un café et une glace.
21h15 : Je regretterais presque mes 5 heures de rando de ce matin #escalierdeFourvière
21h26 : Évidemment plus de places assises. Direction, le haut des gradins

21h32 : Lyon forever : http://www.twitpic.com/bqfp6

21h46 : Bonne nouvelle, les Cold War Kids c'est moins chiant en live que sur album.
21h53 : "This is our last show before going back to California". Une place dans vos valises ?

22h03 : Direction la buvette. Tout le monde boit des bières, je commande un double espresso.
22h12 : Toujours pas de place assises. Va pour la fosse.
22h13 : Mes jambes essayent de m'étrangler.

22h15 : Si vous n'aimez pas les jeunes avec des gilets et des chapeaux, n'allez pas à un concert de Doherty.

22h18 : Apparition de Peter en coulisses. Hurlements.
22h21 : Apparition de Peter sur scène. Hurlements.
22h22 : Doherty : le concert où c'est le public qui te vrille les tympans.

22h23 : Peter, les danseuses c'était vraiment nécessaire ?

22h38 : C'est quand même mieux que ce à quoi je m'attendais.
22h42 : Mais j'aurais quand même préféré les Libertines.

22h44 : En tout cas, le son est vraiment bon.

22h58 : Peter, Billie Jean, c'était vraiment nécessaire ?

23h08 : 24ème tentative pour la foule de taper dans ses mains en rythme. 24ème échec.
23h09 : Mais ce n'est pas franchement la faute du public.
23h10 : C'est marrant, le public n'arrive pas non plus à reprendre les refrains. Pas faute d'essayer.

23h12 : Je dois connaître 5 morceaux de la setlist. A tout casser.
23h14 : Mais apparemment je ne suis pas le seul.
23h15 : A l'applaudimètre, ce sont les Babyshambles qui gagnent.

23h22 : Fuck Forever. Emballé, c'est pesé.
23h23 : Agréablement surpris, mais content que ça se termine.
23h23 : #PillowFight. Les danseuses servent enfin à quelque chose.

Un joli concert, qui a dépassé mes attentes, plutôt basses et ma fatigue. Un show bancal mais plutôt touchant. Un poil surfait, avec un public qui connaît sans doute mieux le personnage que les paroles de ces chansons, mais malgré tout une belle nuit d'été à Fourvière.

Photos via Le Progrès.



Setlist, dans le désordre :

Tell the King
Salomé
Don't Look Back Into the Sun
The Ballad of Grimaldi
Music When the Lights Go Out
Billie Jean
Breck Road Lover
What Katie Did
What a Waster
Lady Don't Fall Backwards
Arcady
Last of the English Roses
Albion
Killamangiro
You Talk
Delivery
Fuck Forever

Plantons le décor du drame. 05 juillet 2009 Sommet de la colline de Fourvière à Lyon. Théatre antique. L’orage de l’après-midi a rafraîchi l’atmosphère et la soirée s’annonce belle. 4 400 personnes attendent l’arrivée de Blur, attraction de la soirée, ou plutôt du mois. 4 400 personnes, seulement, pour la seule date française de la tournée. Alors qu’ils étaient 55 000 à Hyde Park 2 jours plus tôt. Et sans doute le double à Glastonbury une semaine plus tôt. Raison avancée, Damon Albarn aime bien Fourvière, où il joue pour le troisième été consécutif. On imagine aussi qu’un cachet à la hauteur de l’évènement a permis aux organisateurs de s’offrir la plus belle exclusivité de l’année (les deux d'après France 3). Peu importe, le public, majoritairement dans la tranche d’âge 20-30 ans compte bien profiter de cette belle soirée d’été. Elément important : les places assises dans les gradins constituent la majeure partie de l’amphithéâtre. Comme ceux-ci sont en pierre (le théâtre n’a pas d’antique que le nom), les organisateurs prêtent gracieusement des petits coussins aux couleurs (rouge et verte) des sponsors de l’évènement. C’est important, on y reviendra.

La victime maintenant. Blur. Enfance difficile (Leisure), adolescence bagarreuse (Modern Life Is Rubbish, Parklife et la « bataille » avec Oasis). Golden-boys (The Great Escape) ayant tourné bobos, le groupe a cherché à se renouveler (Blur, 13) quitte à parfois se perdre en chemin. Des aventures extraconjugales (Gorillaz…) semblaient à même de redonner un peu de piment dans la vie du couple créateur Albarn/Coxon (Think Tank), mais l’aventure s’était finalement conclue par divorce et séparation en 2003. Fin 2008, le couple se rabiboche et décide de reprendre la route, attendu en route par des fans impatients.

Tout avait pourtant bien commencé. L’acoustique du lieu est parfaite côté public et le moindre applaudissement est amplifié. Malin les romains. Le son n’est pas parfait, peut-être à cause de ma position pas franchement en face de la scène, mais suffisamment correct pour apprécier la performance. Car performance il y a eu hier soir sur les hauteurs de Lyon. Après un She’s So High qui nous montre un Damon Albarn bien affûté dans les aigus, le groupe envoie un premier coup de semonce. La basse de Girls and Boys, titre brit-pop ultime, réveille les jambes du public et enflamme la fosse. Premier refrain à l’unisson. On continue dans la lignée Parklife avec un Tracy Jacks qui permet à Alex James, perché sur un retour que sa reconversion champêtre ne lui a pas fait perdre la main. La plupart des français, des gens présents à Lyon dimanche soir et votre serviteur en particulier ne connaissent vraiment de Blur que le best-of sorti en 2001. L’adjonction d’ «autres titres» (une bonne demi-douzaine), qui aurait sans doute été repris par une bonne partie du public outre-Manche, est donc la bienvenue et donne envie de se replonger plus profondément dans la discographie éclectique du groupe. Advert en particulier , étonne avec son clavier cartoon (le groupe est accompagné d’un claviériste, trois cuivres et quelques chœurs).
There’s No Other Way donne l’occasion au revenant Graham Coxon de se mettre en valeur avec ce riff si particulier. S’il y met toute la volonté du monde, jouant en se roulant par terre dans des poses à la Hendrix, il n’arrivera néanmoins pas à voler la vedette à son comparse.


Albarn a pourtant averti dès le début, après la traditionnelle tentative d’allocution en français, il a beaucoup crié la semaine dernière et les cordes vocales sont à peu près dans le même état que Londres en 1666. On a du mal à imaginer ce que ça aurait été s’il avait été en forme… Vidages de bouteilles à répétition sur la foule, plongeon dans le public, jogging autour de la scène, rien n’aura été épargné au responsable chargé de sa sécurité. Lui et le reste du groupe ont l’air parfaitement heureux d’être là et de jouer ensemble et les gradins plutôt calmes au début finiront l’intégralité des rappels debout. Beetlebum, Coffee and TV, tout y passe. Même Out of Time à priori jamais joué live avant cette tournée de reformation.
Albarn bluffe son monde et finit de s’arracher les cordes vocales sur une coda a cappella de Tender. Au moment où l'on pense qu’il ne tiendra pas un quart d’heure de plus, Country House relance la machine, de belle manière. «You jump, I run» harangue-t-il avant de se mettre à courir sur place comme un dératé. Le show continue sur la même ligne un peu folle avec un interlude au mégaphone. Coxon continue à se rouler par terre. James, impassible, fait un passage à la contrebasse. La fosse rugit sur Parklife avant d’assister à un magnifique enchaînement End of a Century, To The End, This Is A Low. Le dernier nommé atteignant des sommets avec une performance vocale impressionnante. Le concert pourrait finir à ce moment donné qu’on ne se sentirait pas volé.

Le drame se produit à la fin du premier rappel. Dave Rowntree entame un rythme de batterie lent. Puis accélère progressivement. Certains (moi pas si vous voulez tout savoir) commencent à comprendre et à entamer des «wouhou». Song 2 démarre et l’arène prend soudainement des allures de cratère. C’est alors que les coussins du paragraphe 1 commencent à partir des tribunes et à atterrir dans la fosse et sur scène. Vision un peu folle, de ces gradins en pente raide d’où partent des centaines de coussinets rouges, accentuée par l’explosion de lumière sur scène. Ma première éruption volcanique. La video ci-dessous devrait vous donner une (petite) idée. Le morceau se termine. Mais les jets de cousins eux continuent et, les roadies débordés, ceux-ci commencent à recouvrir la scène. Le groupe meurt étouffé, la tournée mondiale est annulé mais l’évènement passe inaperçu à cause de l’enterrement de Michael Jackson.



Bon, en fait, non. Le groupe quitte une deuxième fois la scène, hilare. Et les coussins continuent à voler. Nouvelle scène surréaliste : alors que les roadies et la sécu essaye tant bien que mal d’endiguer l’invasion pour permettre le deuxième rappel, Albarn revient et entame un pillow fight avec la foule, tandis qu’Alex James s'offre une petite sieste sur ce matelas improvisé. Les grincheux auront beau dire tout le mal qu’ils pensent de Song 2, c’est pour des moments d’extase (allons-y pour les grands mots) collective comme celui-là qu’on aime les gros concerts. Et nul doute que celui-là restera dans les mémoires.

Le dernier rappel se passe quelque part sur un nuage. Les sourires jusqu’aux oreilles du groupe tranche un peu avec le romantisme triste de Death of a Party. For Tomorrow colle plus à l’ambiance et offre une dernière fois l’occasion d’un refrain à l’unisson avant que The Universal ne vienne conclure de très belle manière cette très belle soirée.

Reportage de France 3 Rhône-Alpes (avec un petit peu de Girls and Boys)

Compte rendu sur lemonde.fr


Photos par Lainey et Philippe Merle/AFP


Setlist :

She’s So High
Girls and Boys
Tracy Jacks
There’s No Other Way
Jubilee
Badhead
Beetlebum
Out of Time
Trimm Trab
Coffee and TV
Tender
Country House
Oily Water
Chemical World
Sunday Sunday
Parklife
End of a Century
To The End
This Is a Low

Popscene
Advert
Song 2

Death of a Party
For Tomorrow
The Universal



Et dire que j'ai failli ne pas me motiver à y aller. Fatigué, les yeux en bouillie après une journée à geeker derrière mon écran, grosse flemme. Peur de tomber sur le groupe pompeux d'un surdoué autiste. Peur de tomber sur des orchestrations boursouflées qui arrachent au mieux un baillement.

Tout faux. J'avais bien aimé Rest Now Weary Head! You Will Get Well Soon (quel titre !) l'année dernière, avec un peu de mal tout de même à écouter l'album d'une traite, mais Get Well Soon réussit à transcender son œuvre sur scène.

Si la campagne promo avait fait passer la chose pour l'œuvre d'un seul homme, Konstantin Gropper, sur scène on retrouve un vrai groupe et un leader qui semble bien plus sympathique que ce que les photos promos laissaient voir.

Au final, c'était vachement bien, et comme je n'arrive pas à raconter, je vais essayer de vous donner envie d'aller voir Get Well Soon, en musique.

Les critiques du dernier album ont fait pas mal de name-dropping. Pour ceux qui ne sauraient pas en quoi ça consiste, le name-dropping ça consiste à lâcher les noms de pleins de groupe plus ou moins en rapport avec le groupe concerné. Evidemment plus les groupes sont inconnus, plus vous gagnez de point. Certains sont très forts à ce petit jeu. Je trouve que ça ne sert à rien si vous ne pouvez pas écouter la musique en question. D'où playlist.

Les gens avaient beaucoup parlé d'Arcade Fire, Radiohead ou même Beirut (ben voyons...) pour parler de Get Well Soon. Et bien moi, lundi soir, j'ai pensé à ça :



Get Well Soon : parce que quand même, c'est le groupe que j'avais sous les yeux, donc j'ai pas mal pensé à eux. Sans déconner, leur Rest Now Weary Head! You Will Get Well Soon (quel titre !) est un des meilleurs albums de pop sorti l'année dernière et leur Songs Against the Glaciation de l'hiver dernier est tout aussi bon.

Gravenhurst : Pour l'aspect folk mâtiné (quel adjectif !) de décharges électriques. C'est plus flagrant sur le génial The Velvet Cell, mais je n'ai pas réussi à le caler dans la playlist.

The Dears : Pour les chansons à tiroir, l'émotion, la voix. Et parceque j'ai écouté No Cities Left un paquet de fois.

Sufjan Stevens : pour l'amour des titres à rallonge (quel titre !).

Mogwai : parcequ'en live certains passages instrumentaux versent dans le post-rock. Et qui mieux que Mogwai pour illustrer ce qu'est le post-rock ? (accessoirement c'était le premier morceau de mon Shuffle en rentrant du concert :)).

Radiohead : parcequ'il y a de ça sur certains morceaux (comme quoi, les critiques ne disent pas nécessairement n'importe quoi).

Bon Iver : parcequ'avec Dear Reader, Get Well Soon a repris Flume à la fin du concert. Et que j'ai encore failli pleurer à cause de cette chanson.

Dear Reader : parceque c'était la première partie, qu'ils viennent d'Afrique du Sud et que c'est plutôt rare. Et surtout parceque c'est vachement bon. Je recommande vivement leur premier album Replace Why With Funny.


Et vous, à quoi vous fait penser Get Well Soon. Pour ceux chez qui ça marche, vous pouvez rajouter vos suggestions sur cette playlist collaborative : http://open.spotify.com/user/kafeine/playlist/6IqBFHH5Qo9C5OtkUjsOZj !



Si vous avez suivi l'épisode précédent (sinon, il est juste en dessous) vous savez que j'étais particulièrement enthousiaste à l'idée de voir Andrew Bird en concert.

Pour faire court, je n'ai pas été déçu. Ce type est génial. Un virtuose doublé d'un génie de l'arrangement et finalement un showman d'un genre assez particulier : discret et à priori plutôt introverti, il parvient à focaliser toute l'attention sur lui et sa performance. Sur le plan musical il en fait des tonnes mais sans jamais atteindre la surcharge, toujours en équilibre. Car le monsieur avec son violon, sa guitare et ses inimitables sifflements est un homme orchestre. Se samplant à l'infini, il parvient à créer des mélodies à 4 ou 5 voix. Et même lorsque son groupe le rejoint, Andrew Bird occupe quasiment toujours plus d'une place dans la construction sonore. C'est plutôt difficile à expliquer, donc je vous invite à aller le voir dès que possible.


J'en profite pour mettre une petite vidéo qui a la particularité de ne pas être d'Andrew Bird. Car vendredi soir, j'ai été particulièrement bluffé par la qualité de la salle, l'Epicerie Moderne à Feyzin (oui oui, le même Feyzin que celui des raffineries de pétrole au bord de l'A7).

Inconvénients : c'est au milieu de nulle part et il faut absoluement compter sur les âmes charitables pour rentrer si l'on n'est pas venu en voiture (ce qui en passant est plutôt sympa à posteriori, mais pas forcément pour n'importe quel concert)

Avantage : les gens ne viennent pas là par hasard, le bar est en dehors de la salle et la programmation, tout comme l'ambiance, est excellente. Et surtout là salle a été construite pour des concerts de musique actuelle. Pas un vieil entrepôt ou une cave transformé en salle de concert. Ce qu'on perd peut-être en charme immédiat on le gagne en qualité sonore et pour une musique un peu délicate comme celle d'Andrew Bird c'est vraiment appréciable ! Et la bière n'est pas chère ;-)



Ah oui, et le concert c'est Emily Jane White, une autre artiste que j'affectionne beaucoup, avec le sublime Dark Undercoat, extrait de l'album du même nom (nouvel album à venir cette année si tout se passe bien).