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Juste avant son départ pour sa tournée française, j'ai eu la chance de rencontrer Emily Jane White dans un petit bar de San Francisco où elle jouait le soir-même. Beaucoup de stress pour une première interview, mais Emily avec sa gentillesse et sa bonne humeur a rendu les choses facile.

Bonjour Emily. C’est ma première interview en anglais donc je te prie de m’excuser si ça devient pénible.

Pas de problème. J’aimerais que mon français soit assez bon pour que l’on puisse faire l’interview en français.

Ce soir, tu joues dans un petit bar à San Francisco, mais la semaine prochaine tu pars pour la France. Tu y connais un succès plus important que dans ton propre pays. Comment expliques-tu cela ?

(Rires) C’est lié à la manière dont est sorti mon premier album. Je n’étais pas connue du tout et il est sorti avec une forte exposition en Europe. En fait, il n’a jamais bénéficié d’une forte promotion ici (NDLR : aux États-Unis). Je dois toujours publier mon second album ici. Ce devrait être fait en avril.

Quel label ?

Ce n’est pas encore finalisé… mais il sera publié en avril. J’ai eu cette opportunité de tourner en Europe et au final ça a pris une bonne partie de mon temps. Entre ça et l’enregistrement de mon second album… C’est lié à la manière dont les choses se sont passées.

La plupart de tes chansons font référence à des femmes du passé. C’est apparemment lié à tes études. Peux-tu nous en dire plus ?

J’ai fait mes études en « women studies ». Je m’intéresse beaucoup au récit qui parlent de protagonistes féminins. L’un de mes livres préférés, Wuthering Heights (NDLT : Les Hauts de Hurlevent) par Emily Jane Brontë est un bon exemple du type de récit dont je parle dans ma musique. Il n’y a pas que ça cependant. Pour être plus spécifique, il faudrait parler de chansons en particulier.

T’identifies tu à certaines de ses femmes ?

Je vois ce que tu veux dire. Je pense que ma musique, ce dont j’ai décidé de parler, est vraiment intemporelle. Je ne fais pas beaucoup de référence au présent. Certaines choses sont un peu inexplicables et pour certaines raisons, je suis vraiment attirée par certaines choses et ce n’est pas intentionnel. Je pense qu’en tant que féministe, en tant que quelqu’un qui a étudié le féminisme, il n’est pas possible de ne pas s’identifier avec le rôle d’une femme à différente période de l’Histoire, ni de le comparer avec aujourd’hui. En même temps, je m’intéresse à d’autres sortes d’histoires, comme celle de la culture féminine. […]

Tu viens de dire que tes chansons étaient intemporelles, mais dans la chanson Victorian America, tu fais référence à des personnes perdant leur maison en Amérique ou à une inondation sur la Nouvelle-Orléans. Essaies-tu de faire référence à des événéments récents ? D’être plus politique ?

C’est vrai. Il n’y a pas vraiment d’affirmations claires à propos de ces chansons, mais plutôt deux choses qui m’intéressaient vraiment au même moment. D’un côté, il y avait l’ouragan Katrina et la politique. De l’autre, je lisais ce livre sur la culture victorienne aux Etats-Unis, qui est vraiment fascinante, particulièrement d’un point de vue féminin. C’est ce sur quoi je me concentrais, ça et toutes les restrictions qui existaient, les lois sociales, etc. Ce que j’ai remarqué, c’est que sur ces deux sujets, il y avait beaucoup de choses dont on ne parlait pas vraiment et qui étaient totalement injustes. C’est pour ça que j’ai écrit cette chanson.

A l’époque, tu décrivais la musique de Dark Undercoat comme simpliste. Pour Victorian America, tu es passé à quelque chose de plus orchestral. Comment en es-tu arrivée là ? Est-ce que ça a changé la manière dont tu écris de la musique ?

Ça n’a pas changé la manière dont j’écris ma musique car j’ai écrit toutes les chansons sans aucune orchestration. Je n’ai co-écrit aucun des nouveaux morceaux. Tout était écrit avant que je l’amène à ces gens. Ensuite, ils ont composé toutes les parties autour de ce qu’avais écrit. Ça n’a donc rien à voir avec la manière dont j’ai pu écrire ces morceaux. Mais je vois ce que tu veux dire, car le son est vraiment différent de celui de mon premier album. Avec lequel j’étais contente. Je suis contente que les deux albums soient vraiment différents.

Quand tu essayes d’inclure trop d’orchestration, il est possible de se perdre. Avec ton album tu donnes l’impression de ne pas perdre ton objectif de vue et il sonne comme s’il avait été créé en une fois. Comment expliques-tu cela ?

Mon explication à cela est que nous avons travaillé très dur sur l’arrangement de ces chansons afin qu’elle soit adaptée à l’original. Je suis contente que tu dises ça et je pense que les membres du groupe seraient aussi très satisfaits. Je pense que ce que tu recherches, ce sont des arrangements qui soient appropriés à la chanson et qui autorisent les parties vocales et les subtilités de l’original et tu travailles dur pour que tout cela soit perceptible de manière à rendre justice aux morceaux originaux. J’ai l’impression que nous avons réussi. C’est bon à savoir.

A la fin de Victorian America, tu t’essaies à des sons plus électriques, à la guitare par exemple. Est-ce que tu aimerais explorer ça plus en profondeur à l’avenir ?

Oui. J’aimerais faire quelquechose de vraiment différent. Je pense que mon prochain album sera extrêmement différent.

Vraiment ?

Disons que ce sera certainement différent du premier et du second, mais pas non plus totalement différent, comme un album de dance ou un album de métal.

Tu travailles donc déjà sur ton troisième album ?

Oui, je travaille sur les démos.

Quand peut-on espérer une sortie ? En France au moins.

(Rires) Je ne sais pas encore. J’aimerais savoir, mais pas encore.

Tu viens de Californie, mais quand j’écoute tes chansons, pour moi, ça sonne plus comme d’autres parts des Etats-Unis, comme le Midwest ou la Louisiane. Pas vraiment californien. Qu’en penses-tu ?

C’est intéressant. Je pense que certaines personnes diraient que certaines choses sont justement très californiennes. Peut-être que de ton point de vue, venant d’Europe, ça te paraît comme cela car il y a probabelement des différences subtiles, des nuances, que tu ne peux pas voir. Mais je peux comprendre cela.

Un exemple de quelque chose de très californien dans ta musique ?

C’est une bonne question, après tout ce que je viens de dire. Ma ville natale en particulier. J’ai grandi dans une ville très isolée en Californie du Nord et ça a beaucoup à voir. Ça a, en quelque sorte, formé ma conscience. L’atmosphère que je cherche à refléter a beaucoup à voir avec l’endroit où j’ai grandi.

Malgré le fait qu’ils ne soient pas familiers avec les endroits que tu y décris, pourquoi penses-tu que les français aiment tes albums ?

C’est quelque chose qui m’intrigue, mais je pense que pour certaines raisons… J’ai vécu un moment en France (NDLT : à Bordeaux), donc mes spéculations sont – c’est peut-être complètement faux – que la culture française et les français ont plus d’appréciation pour l’art qui évoque les parts d’ombre, le côté sombre de la vie. Vous avez des poètes célèbres comme Baudelaire, des gens comme ça qui parlent de choses très sombres. J’imagine que beaucoup de français qui écoutent ma musique ne comprennent pas les paroles, mais ils peuvent comprendre le sentiment, l’humeur et l’atmosphère. Ma musique est morose et atmosphérique et je pense que culturellement les français ont plus d’appréciation et de connection pour ce genre de musique. Je ne sais pas si tu es d’accord avec moi, c’est une affirmation assez générale.

Je sais que tu préfères parler de ton travail plutôt que de celui des autres, mais peux-tu nous recommander quelques artistes de la Bay Area (NDLT : la région de San Francisco) ? Il me semble que tu en mentionnes certains dans les notes de ton dernier album.

Ceux-là définitivement (NDLT : Or, The Whale, Chris Garneau, The Spindles, Lonely Drifter Karen). Les groupes qui jouent ce soir (NDLT : The Devotionals et Foxtails Brigade) et aussi Jen Grady, qui joue du violoncelle dans mon groupe. Elle joue aussi solo et elle est vraiment extraordinaire. Elle joue beaucoup dans la Bay Area. Elle est vraiment merveilleuse.

En France, des groupes, des artistes que tu aimes ?

Mon ami Julien Pras. Il va assurer mes premières parties pour la tournée à venir. Il a écrit un excellent album solo qui devrait sortir dans les semaines à venir (NDLT : 1er mars). Il fait aussi partie d’un groupe appelé Calc, qui est vraiment bon.
Il y a en tellement. (Rires). Difficile de répondre comme ça.

Ta tournée européenne commence la semaine prochaine. Des plans après ça ?

Je vais probablement enregistrer et peut-être aussi tourner encore un peu

Ta musique et tes paroles sont très sombres. Es-tu une personne sombre dans la vraie vie ? Tu n’en as pas vraiment l’air.

(Rires) Non. Pas vraiment. Je pense qu’il est difficile de définir la noirceur. Il y a plusieurs types. Il y a la noirceur et il y aussi la morbidité et beaucoup d’autres choses que je n’associe pas forcément avec la noirceur. Je dirais que je suis une personne contemplative, mais pas forcément sombre.

Je suis à court de questions. Quelque chose que tu voudrais dire en particulier ?

Je suis très excitée à l’idée de tourner en France et je suis très heureuse. La tournée sera avec tous les musiciens qui jouent sur l’album. Cela ne sonnera pas exactement comme l’album, mais nous jouerons ces morceaux comme ils sont sur l’album.

Tu joues seul ce soir ?

Non, je joue avec la violoniste et la violoncelliste qui jouent sur mon album

Et pour la tournée à venir ? Tu emmènes d’autres musiciens ?

Oui. Il y a la violoniste, la violoncelliste et aussi mon ami Henry qui joue du pedal-steel et de la guitare électrique. Il y a aussi la batterie. Et en fait Julien Pras, qui jouera en première partie, jouera aussi de la basse dans mon groupe.

Même groupe que l’année dernière ?

J’ai déjà tourné avec tous ces gens, mais jamais tous en même temps.

Bonne chance pour la tournée à venir.

Merci et merci pour l’interview.

Merci à toi pour l’interview !


17 janvier. Encore embrumé dans le jet-lag, j'ai eu la chance de rencontrer Emily Jane White dans un café de San Francisco où elle jouait le soir-même, peu avant son départ pour une tournée sur le vieux continent. Première interview en anglais. Première interview tout court. D'une artiste dont je suis résolument fan. Beaucoup d'excitation, pas mal de stress et au final une rencontre très agréable avec une artiste vraiment sympathique.

En raison de l'abondance de neige sur les pistes de ski californienne, la traduction est toujours en cours. Je souhaitais néanmoins vous en faire profiter (en version originale donc), avant son concert de ce soir à l'Alhambra, pour lequel vous avez, j'espère, tous des tickets.


Tonight you’re playing in a small bar in San Francisco but next week you’re leaving for France. You’re having quite a critical success there, apparently more than in your own country. How would you explain that?

That's mainly the way it was released. I hadn’t been known at all and then it was released with a lot of exposure, particularly in Europe. So what happened is that I never released the record with strong promotion. And then I have still to release the second record here. It’s gonna be released in April.

On which label?

Well, it’s not totally finalized yet, but it will be released in April. But I mean, that’s the reason why. And since I had such an opportunity to tour in Europe, it ended up consuming most of my time. Between that and recording my second record… that was what happened. It was sort of the nature the way things went.

Most of your songs seem to relate to women from older times. Apparently it relates to your studies. Can you tell us more about it?

I studied women studies. I’m interested in narratives that talk about female protagonists and particularly like, for example, one of my favorite books is Wuthering Heights by Emily Jane Brontë and that’s, you know, kind of a good example of the type of narrative I talk about in my music. It’s not everything though. I mean if you wanted to know more specifically, we probably would have to talk about specific songs.

Do you identify to some of those women?

I think that my music is really timeless, what I choose to talk about. I don’t add a lot of modern day references. Some of those things are a little bit inexplicable and there are, for some reasons, some things that I’m really drawn to and it’s not intentional. I mean, I think, as a feminist and someone who studied feminism, there’s no way with which you can’t identify with a women’s role at different time periods and compare it to sort of a present day. So that’s a really simple answer to that.

You said that your lyrics were sort of timeless but in the song Victorian America, you talk about people losing their home in America or a flood taking New Orleans. Are you trying to connect with recent events or trying to get a little bit more political?

True. There isn't really like a basic statement about this songs, but eventually it was two things that I was really interested in at the same time. I mean, one thing that was happening, was this catastrophy of hurricane Katrina and politics and the other is that I was reading this book about Victorian culture in the US, which is really fascinating and particularly on a women's perspective, that's what I was focusing on and all the oppressive restrictions like social laws and things like that and what I sort of tapped into with both of those topics is that there's a lot of things that weren't really talked about, that were really being unjust. And that's why I wrote the song.

At the time, you described the music in Dark Undercoat as simplistic. For Victorian America you switched to a more orchestrated kind of music. How did it come? Did it change the way you write music?

It didn't change the way I write music because I wrote all the songs with no orchestration to them at all. I didn't co-write any of the the original material that I sing or play on guitar or pioano. That was all written before I brought it to these people. And then they wrote all the parts around what I wrote. So it doesn't have anything to do with the way I wrote these songs. But I can see how you can think thaht, because it's a really different sound from the first record. Which I was happy about. I was happpy that the two records were really different.

Sometimes when you try to get a lot of orchestration, you can get lost. The good thing with your record is that you don't seem to lose sight. You came with those songs and then people wrote music on it, but in the end it sounds like it was created in one piece. How would you explain that.

My explanation for that is that we all worked really hard on arranging the songs so that they were appropriate for the original. That makes me happy that you say that actually and I think my bandmates would be very pleased as well. I think then you go into arrangements that you feel are appropriate for the song, that allow the vocals and the subtleties of the original material and you work hard to make it perceptible in a way that does justice to the original songs. And I feel like we succeeded on that. It's good to know.

At the end of Victorian America you try more electric sounds, like electric guitar. Is that someting you would like to go further into?

Yeah, I would like to do something really different. I think my next record is gonna be so extremely different.

Really?

Well, it's certainly gonna be different than the first and the second one but it won't be like so different like a dance record or a metal record.

So, you're already working on your third record?

Yes, I'm working on demos.

When shoud we expect for a release? In France at least.

(Rires) I'm not sure yet. I wish I knew, but not yet.

You're from California, but when listening to your song, for me it sound more like other parts of the US: the Midwest, Louisiana... Doesn't sound that Californian to me. How would you explain that?

Woah that's interesting. I think there are probably people that would say that there are certain things about it that are very californian. But maybe from your perspective with being from Europe it seems that way because there's probably subtle differences, nuances, that you can't see but I can understand that.

So what's really californian about your music?

That's a good question, after I just said all of that. One thing in particular is my hometown, because where I grew up is a very isolated town in northern California and that has a lot of do. It kind of shaped my consciousness. The atmosphere I try to reflect in my music has a lot to do with where I grew up.

So while they might not be familiar with the places in your record, why do you think french people love it?

That's something I've been curious about, but I think that, for whatever reasons... I lived in France for a while, so my speculation is - it might not be true at all - that french culture and french people have more of an appreciation for art that talks about the shadowy side of life, the darker side of life. You have famous poets,like Beaudelaire, people like that who talk about very dark things and there's just much more of an appreciation for that. I imagine that a lot of french people who listen to my music don't understand the lyrics, but they can understand the sentiment and the mood and the atmosphere. My music is very moody and atmospheric and I think that culturally french people have more of an appreciation and a connection to that. I don't know if you agree with me, that's a really general statement.

I know you prefer to talk about your work rather than what others do, but are there any artists or bands form the Bay Area that you would like to recommend? I guess you mention some of them in your album liner notes.

Defintely those bands (NDLR : Or, The Whale, Chris Garneau, The Spindles, Lonely Drifter Karen...) and the bands that are playing tonight (NDLR : The Devotionals, Foxtails Brigade) and then also Jen Grady, who plays cello in my band, she also does solo music and it's really amazing. She plays a lot of show in the Bay Area. She's really wonderful.
...
I've been gone for the last six months so I'm trying to remember the last shows I went to in San Francisco.

In France, any bands / artists that you like?

My friend Julien Pras. He's gonna be opening for me on the next tour and he made an amazong solo record that's gonna be released in the next weeks or something (NDLR : 1er mars.). He's also in a band called Calc that are really good.
...
There is so many people. (Rires) It's hard to think of the top of your head.

You have a european tour starting next week. Any plans after that? Coming back and starting to record?

I will probably record and then I'm also probably going to tour a little bit more.

Your music and lyrics are very dark. Are you a dark person in real life? Because you don't seem like one.

(Rires) No. Not really. I think It's hard to define darkness among type of darkness. There's darkness and then there's morbidity and other things that I don't necesseraliy identify with darkness. I would say I'm a contemplative person, but not neceserrily dark.

I'm running out of questions. Anything you want to say?

I'm excited to tour in France and I'm verry happy and the whole tour is gonna be with all the musicians who played on the record. It won't sound exactly like the record but it will be performing those songs as they are heard on record.

Are you playing alone tonight?

No, I'm playing with the violonist and cellist who played on my record.

And for the coming tour? Are you touring with more people?

Yes, there's the violonist and cellist and my friend Henry who plays pedal-steel and electric guitar and then there's drums. And actually Julien Pras, who is gonna be opening, he's gonna play bass in the band.

Same band you toured with last year?

I toured with all those people before, but not all together.

Favorite place in France?

I like Toulouse a lot.

OK, I guess I'm totally out of ideas. Good luck with the coming tour.

Thanks and thank you for doing this.

Oh, thank you for doing this

(Rires)



Un grand merci à Sean, du formidable label bordelais Talitres pour avoir permis cette rencontre


Emily Jane White est en concert ce 2 février à l'Alhambra à Paris et dans le reste de la France ensuite

02/02/2010 Alhambra — Paris, France
03/02/2010 Cabaret Electric — Le Havre, France
04/02/2010 UBU — Rennes, France
05/02/2010 Krakatoa — Bordeaux, France
06/02/2010 Epicerie Moderne — Lyon, France
07/02/2010 6 par 4 — Laval, France
08/02/2010 La Fourmi — Limoges, France
09/02/2010 Le Ciel — Grenoble, France
11/02/2010 Poste a Galene — Marseilles, France
13/02/2010 Noumatrouff — Mulhouse, France
26/02/2010 Octubre Centre Cultura Contemporanea — Valencia, Spain
27/02/2010 Minifestival de Barcelona — Barcelona, Spain

Octobre 2008, Maroquinerie, Paris. Emily Jane White ouvre pour le mythique Swell. Silence religieux. Salle comble qui se videra de moitié avant l’entrée de David Freel et sa bande. Les parisiens sont venus voir Emily Jane. L’américaine en est la première étonnée, elle qui avoue avoir d’habitude affaire à l’inattention et aux discussions de comptoirs généralement réservées aux premières parties. En un premier album parfait, a gagné une belle cote d’amour dans l’Hexagone, bien plus que dans son Amérique natale. Victorian America, sa seconde livraison est d’abord paru en France, où elle viendra le défendre sur les routes en février… avant une éventuelle sortie américaine. La raison ? Un distributeur bordelais zélé (Talitres) ayant assuré une promotion corps et âmes, une critique musicale (Bernard Lenoir en tête) ayant rapidement reconnu en EJW une potentielle remplaçante pour une Chan Marshall à côté de ses pompes et un bouche à oreilles plus que favorable. Conséquence étonnante : pour se procurer l’album à Oakland, où a été enregistré l’album, il valait mieux passer commande… à Bordeaux.

Pourtant, comme son nom l’indique, Victorian America n’a pas grand chose de français. Emily Jane y invoque plutôt une certaine idée de l’Amérique. Celle des grands espaces, des champs à perte de vue, balayées par les vents. L’Amérique du pedal-steel et du banjo. Une Amérique du XIXème siècle, mais loin de l’agitation des de la ruée vers l’or. Entre Nashville et la Nouvelle-Orléans plutôt qu’en Californie ; trop jeune, trop folle. Trop superficielle ? Robes longues et cabanes en bois. Victorian America, avec ses violons, sa guitare aux cordes délicatement pincées son piano et son pedal-steel aérien est le disque nostalgique, d’une Amérique intemporelle. Sur laquelle flotte pourtant le fantôme de blessures contemporaines (She lost her home in Victorian America ; A giant flood took Louisiana)


Emily Jane White a plus que son prénom comme prédisposition pour parfaire le tout : une voix sans âge, à la fois douce et terriblement profonde. Fragile en surface mais inébranlable. Nostalgique d’une époque qu’elle n’a finalement pas connue et dont elle aurait hérité de la tristesse et de la gravité. Image de ses femmes attendant un mari parti à la guerre. Fortes, fragiles et infiniment tristes dans leur longue robes blanches. Women at home in Victorian America.

Dark Undercoat émouvait par ses non-dits, son dépouillement ; les silences entre deux accords de guitare en disaient autant que le reste. Pour sa visite de l’Amérique victorienne, EJ s’est entouré de la même équipe qui l’avait accompagnée sur les routes françaises. Il y avait un risque à remplir ses vides chargés d’émotions par des orchestrations. Risque de perdre en émotion, risque de sonner ampoulé. Risque d’en faire trop. Écueil évité avec brio. Sur The Ravens, contrebasse et violoncelle élève la voix vers de nouveaux cieux. Un orgue offre une nouvelle profondeur à Red Serpent, tandis que la brume électrique s’empare de Red Dress. Pour le sublime A Shot Rang Out (en écho au brillant Two Shots to the Head), l’orage qui gronde offre un parfait contrepoint à une guitare légère comme une plume. Menés de main de maître par une Emily Jane virtuose, chaque instrument apporte sa pierre à l’édifice, offrant une riche complexité mélodique là où d’autres aurait offert un mille-feuille indigeste. En contrepartie, ce Victorian America, d’une belle durée, ne s’offre pas immédiatement. Mais tel un diamant noir, il offre de magnifiques facettes, à l'image d'un Stairs à tiroirs, à qui sait l’apprivoiser et l’observer attentivement.




D’autres avis, d’autres points de vue : With Music in my Mind, De la lune on entend tout, Popnews, PopRevueExpress, The Man of Rennes, Ears of Panda et la Blogothèque (un petit Concert à Emporter ?)

Emily Jane White sur Myspace

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Écouter l'album, pas plus loin qu'ici :



Petit truc à la con (croisé ici ou encore ici) pour passer le temps. Attention, peut se révéler étonnament psychologue.

Pour que la chose ait un minimum d'intérêt, rendez-vous à la fin pour une petite sélection, pas aléatoire pour deux sous de mes titres préférés de la liste.



1. Put your music player on shuffle.
2. For each question, press the next button (ONLY ONCE!!!) to get your answer.
3. YOU MUST WRITE THAT SONG NAME DOWN NO MATTER HOW SILLY IT SOUNDS - even if it is incredibly embarrassing.


1) IF SOMEONE SAYS IS THIS OKAY? YOU SAY…
Queens Of the Stone Age - How To Handle A Rope
Tout dépend de l'usage

2) WHAT WOULD BEST DESCRIBE YOUR PERSONALITY?
Television - Friction
Qu'est-ce que je disais ?

3) WHAT DO YOU LOOK FOR IN A GUY/GIRL?
R.E.M. - Departure
Un peu destructeur comme relation

4) HOW DO YOU FEEL TODAY?
Hard-Fi - Move On Now
Je me dis ça tous les matins.

5) WHAT IS YOUR LIFE'S PURPOSE?
The Brian Jonestown Massacre - Free And Easy Take 2
Pas con.

6) WHAT IS YOUR MOTTO?
Yo La Tengo - Mr. Tough
Faites gaffe, je suis un dur

7) WHAT DO YOUR FRIENDS THINK OF YOU?
Oasis - Hello
J'inspire de grandes réflexions chez les gens.

8) WHAT DO YOU THINK ABOUT VERY OFTEN?
Emily Jane White - Two Shots To The Head
Tant que c'est pas la mienne.

9) WHAT IS 2+2?
Massive Attack - Future Proof
Réponse tordue, mais pas complètement fausse.

10) WHAT DO YOU THINK OF YOUR BEST FRIEND?
Okkervil River - Savannah Smiles
Certes.

11) WHAT DO YOU THINK OF THE PERSON YOU LIKE?
Vampire Weekend - Cape Cod Kwassa Kwassa
Mes pensées sont parfois impénétrables.

12) WHAT IS YOUR LIFE STORY?
Coldplay - High Speed
Pas faux non plus.

13) WHAT DO YOU WANT TO BE WHEN YOU GROW UP?
Pink Floyd - Shine On You Crazy Diamond (Parts VI - IX)

14) WHAT DO YOU THINK WHEN YOU SEE THE PERSON YOU LIKE?
The Wedding Present - A Million Miles
Together ?

15) WHAT DO YOUR PARENTS THINK OF YOU?
Mogwai - R U Still In 2 It?
Mais, tu te drogues ?

16) WHAT WILL YOU DANCE TO AT YOUR WEDDING?
The National - Guest Room
Ca se pourrait bien en plus ;-)

17) WHAT WILL THEY PLAY AT YOUR FUNERAL?
Sonic Youth - Kissability
Si seulement...

18) WHAT IS YOUR HOBBY/INTEREST?
R.E.M. - Finest Worksong

19) WHAT DO YOU THINK OF YOUR FRIENDS?
My Brightest Diamond - Goodbye Forever
iTunes ne veut pas que j'ai d'ami.

20) WHAT'S THE WORST THING THAT COULD HAPPEN?
The Fall - Iceland
Tant pis pour Björk et Sigur Ros.

21) HOW WILL YOU DIE?
U2 - Mysterious Ways (Solar Plexus Club Mix)
Là, je suis sur le cul. J'espère juste que ça fait pas trop mal un Solar Plexus.

22) WHAT IS THE ONE THING YOU REGRET?
Architecture In Helsinki - In Case We Die
Gné ?

23) WHAT MAKES YOU LAUGH?
The Beatles - Maggie Mae
Si vous la connaissiez, vous aussi vous ririez beaucoup.

24) WHAT MAKES YOU CRY?
The White Stripes - I Can't Wait
Pas faux.

25) WILL YOU EVER GET MARRIED?
The Field Mice - Couldn't Feel Safer
J'interprète ça comment ?

26) WHAT SCARES YOU THE MOST?
Tom Waits - Singapore
...

27) DOES ANYONE LIKE YOU?
Elliot Smith - Little One

28) IF YOU COULD GO BACK IN TIME, WHAT WOULD YOU CHANGE?
Radiohead - Momentum
Pourquoi donc ? Ces braves élans n'ont fait de mal à personne.

29) WHAT HURTS RIGHT NOW?
Spoon - Finer Feelings

30) WHAT WILL YOU POST THIS AS?
The Divine Comedy - Mastermind