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New York, 3 heures du matin, quelques verres de trop. Les lumières du Brooklyn Bridge défilent par la fenêtre du taxi. Les motifs du pont semblent se répéter sans fin.
Banlieue parisienne, 6 heures du matin, mal réveillé. Les lumières de la ville qui s’éveillent  défilent par la fenêtre du RER. Autre répétition des motifs.

Point commun ? Les boucles hypnotiques de The Juan MacLean. Des boucles qui s’insinuent sournoisement et vous font perdre toute notion du temps. D’abord vous n’ y prêtez pas attention, vous baissez votre garde. Et sans même vous en rendre compte, vous êtes perdus. Comme ces lumières que vous regardez par la fenêtre, regard dans le vague… jusqu’à vous rendre compte que vous avez oublié de descendre de la rame.

The Future Will Come est un album définitivement urbain, ses morceaux apparaissant tantôt comme des assemblages froid et gris sous certains angles, constructions complexes et majestueuses sous d’autres. Il rappelle les morceaux les moins funs de l’œuvre de LCD Soundsystem, version dépressive de l’œuvre de James Murphy (pas vraiment étonnant dans la mesure où The Juan MacLean fait partie de l’écurie DFA). Il y a une sorte de fatalité dans les boucles de synthé. "The Future Will Come for Everyone" chante une voix désabusée.

A y regarder de plus près, tout n’est pas reluisant et les assemblages hétéroclites de boucles rétros penchent parfois du côté kitsch et les voix ne sont pas toujours au niveau. Mais détournez votre attention quelques instants et vous voilà perdus dans des constructions fascinantes, jusqu'au bout de la nuit, quelque part entre New Order et le Star Guitar des Daft Punk.



The Juan MacLean sur Spotify

Si je vous dis San Francisco, il y a de fortes chances que vous pensiez Haight-Ashbury, Grateful Dead & Janis Joplin... Pourtant, aujourd'hui la ville est plus hipster que hippie, Silicon Valley plutôt que Woodstock. Plus electro underground que flower power. Mais bizarrement, les groupes de la region qui arrivent a percer a l'echelon national ces temps-ci revendiquent tous plus ou moins un heritage 60's/70's : Girls, The Dodos, Thee Oh Sees, Wooden Shijps... La tendance mériterait décryptage. Nostalgie ? Time trap (sans les marmottes) ? Cliché ?

Sleepy Sun, nouvel évadé de la scène de la Bay Area joue aussi pleinement cette carte revivaliste/passéiste/nostalgique. Malgré ce que le titre, Embrace, pourrait laisser croire, il n'est point question ici d'emo larmoyante pour teenager, mais plutôt de rock psyché, tendance pachydermique. Si le nom de l'album peut prêter a confusion, l'ambivalence du patronyme du groupe lui colle, lui, a merveille : le New Age inaugural est une rêverie psychédélique interrompue à intervalle régulier par des éruptions de guitare. Si son introduction est plutôt gentillette, les guitares de Sleepy Son, elles n'ont qu'une envie : vous enfoncer dans le sol en vous tapant très fort sur le crâne.


White Dove, point culminant de l'album illustre à merveille cet oxymore, le solo de batterie Bonhamien y est suivi... d'un folk hippie à l'harmonica.

Pas besoin de chercher bien loin l'influence majeure de Sleepy Sun, le Zeppelin de plomb est à l'honneur. Comme le faisait le Zep', les californiens alternent entre titres calmes quasi-acoustiques, tendance pastorale Bilbo le Hobbit et rock chevelu sous influence. L'intro de Red/Black, et son intro à la guitare pincée, a du être écrite en hommage à Jimmy Page
Dommage que contrairement aux anglais, les californiens n'excellent vraiment que lorsqu'ils lâchent les chevaux. Snow Goddess ennuie ferme, jusqu'à ce que les guitares ne s'envolent dans un tourbillon psychédélique assez jouissif. N'est pas Robert Plant qui veut.


Pour les amateurs de rock 70's et d'envolées psychédéliques, Embrace offre un revival plus qu'agréable, à l'image du In The Future de Black Mountain l'année dernière. Un album totalement rétro dont on pourra garder le vinyl de côté pour l'entraînement hebdomadaire d'Air Drums.






Sleepy Sun on MySpace

Chronique également publiée sur indiepoprock.net

Le principe de la résonance magnétique est grosso modo d'exciter certaines molécules du corps humain via l'émission d'ondes électromagnétiques. En ce sens, IRM, le nouvel album de Charlotte Gainsbourg porte fort mal son nom, les ondes sonores qu'il émet n'excitant pas grand chose. La voix frêle, plus occupé à susurrer qu'à vraiment chanter, que j'aime tant détester dans la chanson française, ta mère faisait déjà ça il y a 40 ans Charlotte. Comme sur le précédent 5:55, le single Heaven Can Wait était aguicheur, mais le reste n'est pas au niveau. Pas pénible mais franchement quelconque.



Reste un bon single (et une vidéo WTF sympathique) où apparait bien la patte de Beck, au commande de l'album. On lui préfèrera amplement Modern Guilt, dudit Beck, grand disque mésestimé de 2008, beaucoup plus ludique.

Les surprises viennent parfois de là où ne les attend plus. Après le succès aussi éclatant qu'inespéré d'Arcade Fire, le monde du rock a fait avec la scène indé canadienne ce qu'il avait fait avec la scène grunge de Seattle dans la foulée du succès de Nirvana dans les années 90. A savoir exhiber n'importe quel nouveau groupe du coin comme "the next big thing". Avec quelques belles découvertes à la clé, mais aussi pas mal de déchet - un certain nombre de groupes dont on n'aurait jamais entendu parler autrement et qui se retrouvait brutalement sur un piédestal à feuille d'érable. Et corollaire de la chose, une certaine méfiance une fois la bulle dégonflée.

La découverte étant venue d'un blog pas franchement porté sur la hype, on ne s'est pas trop méfié. Et The Rest nous a complètement pris par surprise. Coughing Blood/Fresh Mountain donne le ton. Une voix au registre étonnant, très en avant, appuyée, voire portée, par une instrumentation délicate. Cordes, pianos, nappes de guitare. Une voix qui sait se faire délicate et bercer l'auditeur. Avant de déclencher la foudre pour un crescendo imparable. Le genre de truc qui vous donne envie d'aller déplacer une montagne. Comme ça, juste pour voir.

Everyone All At Once ne s'arrête pas en si bon chemin. Modern Time Travel (Necessities) s'ouvre délicatement, sur un petit "houhou" presque incongru. Puis tout s'accélère à nouveau et redevient épique.

Épique. On s'était mis à détester l'adjectif. Après Funeral, ça a été la nouvelle mode. Il fallait faire dans l'épique. Au début, on avait apprécié. Voire franchement adoré. Rebellions (Lies), The Skin of My Yellow Country Teeth, tout ça. Puis ça s'était mis à sonner un peu faux, surfait. Épique allait-il devenir le mélancolique des 00's ? Neighborhood #1 allait-il devenir le Creep du 21 ème siècle ? Sur sa deuxième livraison, même Arcade Fire s'était mis à en faire trop.

Mais ici l'épopée fonctionne à nouveau. Apples & Energies, Walk on Water... chaque montée en puissance transporte, sans que cela ne sonne faux. Sans que le ton ne devienne prédicateur. Même les ballades les plus simples (Drinking Water), résonnent d'une force particulière. Tous les titres d'Everyone All At Once semblent écrits pour être chantés à l'unisson. On s'était juré de ne plus se faire embobiner. Mais la sincérité qui ressort de cet album nous fait replonger à nouveau. Walk on Water ? On se surprendrait presque à essayer.

On pourrait citer un à un tous les titres de l'album pour en faire l'apologie. On pourrait ressortir tous les clichés du genre. Dire que l'on n'a pas entendu chant aussi habité depuis Funeral. Qu'Everyone All At Once est une sacrée claque. Peut-être même l'album de l'année. Que son écoute est hautement recommandée. Que le groupe est promis à un bel avenir... On pourrait vous dire d'oublier le reste et d'écouter The Rest. On ne le fera pas, Les clichés, c'est mal. Mais on le pense quand même très fort. Auspicious Beginnings?






L'album ne semble pas encore disponible via les circuits traditionnels en France, mais en suivant les liens suivants, vous devriez trouver de quoi vous procurer l'album, légalement et à moindre frais.

Site officiel

The Rest sur Myspace

Un EP en téléchargement gratuit

L'album pour £1.99 chez Rough Trade

Inconnu de votre serviteur jusqu'à très récemment, le label Clapping Music aura frappé très fort en très peu de temps. Le Yes or No du lyonnais (!) François Virot d'abord, puis les excellents albums de Lauter (The Age of Reason) et Centenaire (The Enemy), ont prouvé que la France pouvait produire une musique folk anglophone de qualité, loin des sentiers battus et des lieux-dits. Ces gens-là savent découvrir les vrais talents puisqu'ils auront été les tous premiers à reconnaître ce blog en me proposant d'écouter leur disques ;-)

Peine perdue, puisque plusieurs mois après avoir reçu leurs disques je n'ai toujours pas écrit la moindre ligne sur la question. La sortie française de Yeti Lane, premier album du groupe du même nom me force à essayer de réparer cette erreur. Même si des quatre disques du label que j'ai eu l'occasion d'écouter, c'est malheureusement celui qui m'a le moins marqué.

Qu'on ne s'y trompe pas cependant, ce Yeti Lane est très très loin d'être désagréable. Il est même largement au dessus de la moyenne en ce qui concerne les productions françaises récentes (bien meilleur que Yodelice par exemple). Il lui manque simplement l'ambition qui faisait tout la saveur de The Enemy de Centenaire. Ou la pointe de folie qui rendait Yes or No mémorable. Il manque peut-être une voix vraiment marquante. Celle de Ben (ancien Cyann & Ben apparemment), trop timidie, manque malheureusement de relief. Il manque ce petit quelque chose qui fait vraiment décoller un morceau. C'est d'autant plus dommage que la musique de Yeti Lane est pleine de bonnes idées. Un patchwork de bonnes idées, entre collages de sons, variations de styles et d'ambiance et changement de rythmes. L'inaugural First Rate Pretender, qui rate le très bon d'un rien, ou le lancinant Think It's Done en sont de parfaites illustrations.

Après un coup de mou en milieu d'album, Yeti Lane garde son meilleur titre pour la fin avec un Lonesome George très pop, qui laisse penser que le groupe pourrait connaître un avenir radieux s'il arrive à se libérer totalement et à lâcher les chevaux.




Trois morceaux, dont Lonesome George, sont en écoute sur le Myspace du groupe.


L'héritage des années 80 a longtemps été difficile a assumer, particulièrement en musique. La liste des rejetons indignes de cette époque (MTV, Madonna, George Michael, Phil Collins, le CD...) s'étendrait sur bien des pages et, comme les coupes de cheveux, certains artefacts musicaux de l'époque, synthétiseurs en tête, ont souvent bien mal vieilli. Certaines des horreurs créées a l'époque sont malheureusement encore en vie (n'en déplaise à Michael Jackson). Les artistes et critiques indés ont donc passé une bonne partie de leur temps a essayer de les enterrer dans les années 90. Et puis, peu a peu, on s'est rappelé que sous les tartines de merde que l'on nous avait servies, se cachaient un sacré paquet de bonnes trouvailles et de groupes essentiels. On a d'abord ressorti le post-punk et la new-wave des cartons pour un grand revival. Puis en 2009, pour une raison encore inconnue, on a décidé d'ouvrir a nouveau le gros carton Shoegazing, qui faisait du bruit tout seul dans son coin au fond du garage. Et la pédale de distorsion a fait un retour aussi fracassant qu'inattendu.

En début d'année, les Pains of Being Pure at Heart ont donc sorti un excellent premier album dans cette veine, ressuscitant le twee-pop de The Field Mice, sorte de mariage improbable entre Belle & Sebastian et The Jesus & Mary Chain et gagnant au passage un joli succès critique. Histoire de faire taire les grincheux qui pourraient les trouver "boring", les Pains se sont créés une jolie réputation de groupe live, écumant les salles et festivals cet été. Tout en trouvant le temps d'enregistrer un EP, à paraitre en ce début septembre, histoire que personne ne les oublie pour les tops de fin d'année.

Première surprise avec Higher Than The Stars, qui ouvre donc l'EP du même nom et abandonne complètement la disto pour un pur morceau pop. Un titre qui ressemble étonnamment à The Cure période Kiss Me Kiss Me Kiss Me. A vrai dire, la comparaison avec Just Like Heaven est inévitable, tant dans les nappes de synthé que dans la ligne de basse mélodique. Mais avec ses boucles hypnotiques et son refrain entêtant, le titre a mieux à offrir qu'un simple plagiat. On irait presque jusqu'à affirmer qu'on tient là le titre que Robert Smith essaye d'écrire depuis 1987.

103 et Twins, plus traditionnels, évoluent dans la lignée de l'album sans offrir de réelles et sans être aussi mémorable qu'un Young Adult Friction ou Come Saturday.

Pour éviter que l'on en arrive à se demander si la formule ne risque pas de lasser dès le deuxième album, le groupe a la bonne idée de changer à nouveau de registre avec Falling Over et sa "balearic pop". On pense beaucoup aux récents travaux de jj ou Air France. Ce petit coup de frais ouvre de nouvelles perspectives au groupe. On espère qu'il saura les exploiter au mieux dans un second effort à venir.

Le remix de Higher Than The Stars par les vétérans de Saint-Etienne s'engage dans la même voie et, bien qu'un peu longuet, offre une jolie prolongation a l'été. Avant une fin d'année où l'on devrait sans nul doute reparler des Pains of Being Pure at Heart.




The Pains of Being Pure at Heart - Higher Than The Stars

Higher Than the Stars (Saint Etienne Visits Lord Spank Mix)


Et dès ce vendredi, vérification en personne de la réputation live du groupe. Live-report a venir en ces lignes.

Retrouvez cette chronique sur indiepoprock.net.

Quelques minutes apres avoir fini d'ecrire ma chronique de The Antlers, je tombe sur une critique de l'excellent magazine Millefeuille utilisant la même citation. L'album chroniqué ? The First Days of Spring de Noah and the Whale, objet de la chronique que j'avais planifiée. So long pour l'originalité.

Un album de plus faisant suite a une rupture (celle du leader Charlie Fink avec Laura Marling, parti voler de ses propres ailes... et ayant eu l'honneur d'ouvrir pour le grand Neil cette année) de plus, donc. Côté originalité, on repassera. Même si cette séparation a amené Charlie et ses baleines à revoir leur formule. Pas forcément pour le meilleur malheureusement.

Peaceful, The World Lays Me Down, sorti pas plus tard que l'année dernière était un album honnête, reprenant la plupart des ficelles du rock indé A.D. Arcade Fire (cordes, handclaps, choeurs et rythmiques entrainantes). Pas franchement original et un peu plombé par la voix du leader, mais plutôt sympathique.

Sa rupture a semble-t-il ramene M. Fink a une réalité plus mélancolique. Problème : le résultat n'est encore une fois pas franchement original (hormis peut-être sur Love of an Orchestra) et plus chiant que l'essai précédent. Malgré quelques jolis morceaux (My Broken Heart et son titre très convenu, Love of an Orchestra et son côté The Divine Comedy, Blue Skies), une jolie pochette et quelques moments d'ironie bienvenus, on s'ennuie en ce début de printemps. Vu le nombre d'essais sur le sujet, il en faut un peu plus pour faire un bon album sur la rupture.




Edit : Erwan aime mieux l'album que moi. Et il en parle bien.

Edit : Cecile aussi a adoré.

What came first, the music or the misery? People worry about kids playing with guns, or watching violent videos, that some sort of culture of violence will take them over. Nobody worries about kids listening to thousands, literally thousands of songs about heartbreak, rejection, pain, misery and loss. Did I listen to pop music because I was miserable? Or was I miserable because I listened to pop music?

La citation est facile, mais difficile de trouver meilleur point de départ pour parler de Hospice, premier album de The Antlers. Pour ceux qui se poseraient la question après les Crystal Antlers un peu plus tôt cette année, antlers est le terme anglais pour les bois des cervidés. Oui c'est idiot, mais pas plus que les Beatles finalement. Mais revenons-en a notre citation (ceux qui auraient rate la référence ont deux heures pour aller lire High Fidelity (ou a défaut voir le film, mais c'est quand même moins bien)) : sans chercher a comprendre les paroles (je saurais vraiment parler anglais le jour ou j'arriverais ne serait-ce qu'a discerner les paroles des chansons) une chose est sure Hospice est un album about heartbreak, rejection, pain, misery and loss. Certains morceaux sont d'une tristesse insondable, chœurs fantomatiques et murmures (Wake, sublime) en tête de gondole.

Mais si le titre et la pochette de l'album ne mentent pas sur les intentions, le groupe ne tombe jamais dans l'apitoiement emo ou la mélancolie qui fait vendre (celle, au hasard, des reprises et imitations larmoyantes de Creep). Peu importe finalement qu'il y ait, comme pour Bon Iver, une histoire personnelle derrière l'album. Comme pour Bon Iver, au delà de la fiche promo, il y a une vraie bonne musique, de vrais bons morceaux (Kettering, Wake toujours, suivi d'un exceptionnel Epilogue) et une apparente sincérité. Lorsque les cuivres entrent en jeu, ce n'est pas pour faire entrer le morceau dans le grandiloquent (Muse, anyone?) mais simplement car, placés là, naturellement, ils subliment le morceau (qui a dit Fake Empire ?).

On pense beaucoup, de fait à The National, a Bon Iver et à The Walkmen (Sylvia, étonnant de ressemblance), pour l'avalanche d'émotions que provoquent l'album, entre une mélancolie que ne renierait pas Rob Fleming/Gordon et un émerveillement permanent devant de si beaux morceaux. La drogue a sans doute permis d'écrire un certain nombre des pus grands morceaux du rock. La tristesse, qu'elle soit venue avant ou après, a donné a la musique pop ses lettres de noblesse.






Ce qui frappe de prime abord, avec ce premier album de The xx, c'est la ressemblance avec les Young Marble Giants. Dans le minimalisme de ces mélodies essentiellement basées sur les basses. Dans ces paroles a peine chantées, murmurées, voire susurrées et ces rythmes lancinants. Dans ces morceaux qui ralentissent sans prévenir. Dans cette sensualité froide et distante. xx, premier album de The xx pourrait être la bande son du Dahlia Noir.

Ce qui surprend ensuite, c'est l'absence de titres absolument inoubliables ou de gimmick inoubliable. Plutôt que l'absence de talent ou de sens mélodiques, les coupables sont ici la totale homogénéité des morceaux de l'album et le niveau stratosphérique de l'ensemble. Car même sans single , xx est pour l'instant la découverte de la rentrée. Un disque d'une maturité impressionnante (pour un groupe dont la moyenne d'age n'excède pas les 20 ans), qui remet au gout du jour le format album. Un album qui s'écoute d'une traite a tout moment du jour ou de la nuit. Un album qui peut-être la bande-son de tout un tas d'autre chose, sans vraiment attirer l'attention sur lui. Mais dans lequel on peut parfaitement s'abandonner, affale dans un canapé, les yeux dans le vague.




Je vous mettrais bien le lien Spotify, mais je n'y ai pour l'instant plus accès. Ce sera un lien Myspace, un lien amazon et un lecteur exportable. J'espère que vous ne m'en voudrez pas trop.



Edit : Voila le lien Spotify, grâce a Erwan qui n'aime pourtant pas particulièrement l'album. Ça c'est du dévouement !

Retrouvez également cette chronique sur indiepoprock.net.

Quand on a, comme moi, commencé à écouter de la musique dans les années 90, R.E.M. fait partie des meubles. Losing My Religion fait partie des premières chansons rock dont j'ai fredonné le refrain et retenu le titre. Quelques années plus tard, alors que je m'égarais dans des directions musicales plus ou moins douteuses, des titres comme All the Ways to Reno et surtout Imitation of Life ont contribué à me remettre dans le droit chemin. Vers des classiques comme Out of Time et Automatic for the People par exemple.

Jusqu'à récemment, je n'avais jamais vraiment envisagé le fait qu'un jour, le groupe avait été jeune, débutant et réellement alternatif. La compilation ...And I Feel Fine remettait déjà les pendules à l'heure pour ma génération. Rien ne vaut cependant les vrais albums. Entrent alors en scène les rééditions des premiers albums de groupe, publiés chez IRS. Après l'inaugural Murmur il y a quelque mois, c'est donc au tour du deuxième essai du groupe, Reckoning, enregistré en 1984, d'être soumis au traitement Deluxe.


Le verdict va être rapide, pas original pour un sou, mais sans appel :

Soit vous connaissez Reckoning auquel cas le réécouter en édition remasterisé ne vous fera sans doute aucun mal. Ajouter à cela un excellent live de 1984 en CD2 où l'on découvre le groupe dans ses premiers pas vers le rock'n'roll hall of fame, encore loin de la machine live bien rôdée (la voix de Stipe déraille plus d'une fois) et l'on peut facilement classer cette édition Deluxe dans le haut du panier.

Soit vous n'avez jamais écouté Reckoning et cette erreur doit être réparée immédiatement. 25 ans (!) après sa sortie, le disque n'a pas pris une ride. A tel point que le groupe aurait pu le ressortir sous un autre nom en 2009 et tromper son monde. L'influence sur tout le rock alternatifs des 90's et 00's est plus qu'évidente. Surtout qu'en plus de titres absolument imparables (Harborcoat, (Don't Go Back to) Rockville ou So, Central Rain pour ne pas les citer), l'album forme un tout cohérent, plus clair, plus compréhensible et plus réfléchi que le brouillon Murmur.

Back to where it all started...


Commençons par le titre. Post-Nothing. En lice pour le titre de l’année (avec le Popular Songs de Yo La Tengo). Et qui résumé à lui tout seul le disque. Shoegazing ? Pourquoi regarder ses pieds alors qu’il y a toutes ces filles à regarder ? Post-rock ? Réfléchir, pour quoi faire ? Post-punk ? Comme tout le monde depuis 1977. Garage ? Peut-être, mais pas question d’y rester enfermé.

Pas le temps d’être catalogué, il faut cogner fort, faire du bruit, même à 2. Profiter de la vie. Un objectif à court terme ? “French kiss some french girls” (Wet Hair). Des soucis ? “It’s raining in Vancouver. But I don’t give a fuck” (Sovereignty). Des perspectives ? “After that, I quit girls”. 35 minutes, ampli et disto à 11, le message a le mérite d’être clair. Pas le temps de traîner, on est jeune, on a d’autres chats à fouetter. “We’re not worried about dying”.

Plus accessible que No Age, plus abrasif qu’un Pains of Being Pure at Heart, moins corbeau que The Horrors, moins brouillon que Cymbal Eat Guitars, Post-Nothing est le grand disque hédoniste de l’été. Fenêtres ouvertes, cheveux au vent et pied au plancher et gagnant par KO en quatre rounds (The Boys are Leaving Town, Wet Hair, Heart Sweats, Sovereignty) au grand jeu 2009 du mur du son.






Certains albums souffrent de leur ascendance. Et d’internet. Voire des deux.
Prenez le dernier album de Sophia, There Are No Goodbyes. Si vous ne savez pas trop quoi faire dans la prochaine demi-heure, faites le tour des critiques sur le net. Vous y lirez sans doute que le disque relève le niveau par rapport au fadasse Technology Won’t Save Us mais n’atteint pas les sommets du mythique Fixed Water. Vous y lirez surtout que le groupe de Robin Proper-Sheppard ressort la même recette depuis plus de 10 ans et peine à se renouveler. Vous y lirez sans doute quelques chroniques tièdes, qui vu la quantité d’albums soi-disant indispensables sortis en 2009 et que vous n’avez toujours pas écoutés, ne vous donnera certainement pas envie de laisser une chance à celui-ci (surtout que vous venez de perdre une demi-heure à lire douze fois la même critique) et encore moins de l’acheter. Éventuellement, vous aurez peut-être envie d’écouter Fixed Water.

Certes. Sauf que pour vous procurer le chef d’œuvre de Sophia, out of print depuis un bon moment, vous devrez soit dépenser une fortune pour l’acheter d’occasion, soit passer de l’autre côté d’Hadopi. Alors oui, Sophia ne retrouvera sans doute jamais l’état de grâce qui leur avait permis d’écrire les deux joyaux que sont So Slow et Are You Happy Now?. Oui Proper-Sheppard écrit toujours plus ou moins les mêmes morceaux pop-rock tendance mélancoliquo-déprimants depuis 1996. Mais si comme moi, vous n’avez jamais ne serait-ce qu’entendu le nom de Sophia avant aujourd’hui et que vous aimez le genre, je vous conseille de laisser une chance a ce There Are No Goodbyes (pourquoi pas dès maintenant avec le lecteur ci-dessous ?).


Je suis tombé dessus par hasard sur une borne d’écoute. Je n'avais jamais entendu parler de Sophia auparavant. Et il m’est arrivé ce qui m’arrive rarement : j’y ai écouté l’album du début à la fin. Alors que le genre peut vite dériver vers la ballade-soupe FM, Sophia évite encore une fois l’écueil. L’émotion qui transparaît ici semble difficile à feindre, loin des beaux sentiments Bisounours ou de la mélancolie pour la forme de certains des représentants du genre. Robin Proper-Sheppard en a toujours gros sur la patate, mais échappe au qualificatif de pleurnicheur chiant grâce à ces morceaux. Car si Sophia évite l’ennui et le mauvais goût, c’est surtout grâce à ses mélodies. Mélancoliques tout en restant dynamiques, larmoyants sans être outranciers, les 10 morceaux de Sophia sont tout simplement superbes. Du genre qui vous attire facilement l’oreille, pour ne plus la lâcher. 10 titres et presque autant de perles (There Are No Goodbyes, A Last Dance (To Sad Eyes), Obvious, Portugal…) plus loin, peu importaient la discographie du groupe ou le rayon d’à côté, je n’avais toujours pas reposé le casque quand le disque s’est arrêté.

Le diktat de l’originalité (celui-là même qui reproche à Dinosaur Jr. ou Sonic Youth de ne pas se renouveler) empêchera sans doute à très beau disque d’avoir toute l’attention qu’il mérite. Mais à l’heure où internet offre le paradoxe d’imposer une fuite en avant perpétuelle, perpétuellement à la recherche de la nouveauté, tout en comparant constamment chaque œuvre à ses prédécesseurs, il est presque reposant d’apprécier un bon disque de facture « classique », sans se soucier du reste.





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Le MySpace du groupe


En 1987, je n’écoutais pas Dinosaur Jr. On va dire que j’avais mieux à faire. Il a fallu attendre 2007 et les échos d’une reformation réussie avec nouvel album à la clé, pour que j’aille faire un tour du côté de la discothèque de l’école. Au milieu du bordel ambiant j’y déniche You’re Living All Over Me et Bug et leurs pochettes hideuses (pas franchement aidées par les traces de bière et autres substances collantes non identifiées) qui n’incitent pas forcément à une écoute au hasard. C’est donc en même temps que Beyond, sorti en 2007, mais qui aurait tout aussi bien pu sortir en 1989, que je découvre ces deux albums « cultes ». Avec, n’en déplaise aux puristes et aux vieux de la vieille, une légère préférence pour ce dernier. Plus lumineux, plus pop (pop au sens où Rather Ripped est l’album pop de Sonic Youth…), moins lo-fi, Beyond figure en bonne place dans mon panthéon de 2007. Dans mon panthéon tout court d’ailleurs. C’est dire si j’attendais ce Farm avec impatience.

Ce qui est bien, c’est que je n’ai pas eu le temps de me dire « Zut, ça commence mal ». Dès les premiers instants du Pieces inaugural et pendant 4 minutes 32, Dinosaur Jr. dégaine l’artillerie lourde. Tout est là, le son de guitare si particulier de Jay Mascis, l’indispensable basse de Lou Barlow et la batterie de Murph pour canaliser le tout. C’est tout simplement jouissif et le morceau me redonne le sourire à chaque écoute depuis la première.

Autant être clair, pas de révolution, chez les dinosaures. Les allergiques aux solos de Mascis peuvent d’ores et déjà passer leur chemin. Les amateurs en revanche seront comblés, le bel homme s’en donne à cœur joie. Et conserve cette faculté incroyable de ne pas sonner ridicule contrairement à 99% des guitaristes décidant d’astiquer leur manche au milieu d’un morceau. La progression de l’album est globalement la même que celle de Farm : on envoie la purée au début avec des titres concis et bruitistes à souhait (I Want You To Know, Oceans In the Way) avant de ralentir le tempo et d’allonger la durée pour les géniaux Plans et Said the People (dans la lignée de We’re Not Alone sur Beyond) qui prouvent définitivement que ces trois-là ont un sens de la mélodie hors-norme. Pas de baisse de régime, le disque reste d’une qualité constante d’un bout à l’autre, avec suffisamment de changements de rythme, d’ambiance et de compositeur (Lou Barlow signe deux titres qui ne dépareillent pas) pour nous tenir en haleine jusqu’au bout. Avant que l'on remette le disque au début. Pour reprendre la même claque, encore et encore.

Pas la peine de tourner autour du pot, ce Farm est une tuerie et représente ce qui se fait de mieux en la matière : énergique sans être fatigant, démonstratif sans être pompeux, branleur sans être amorphe. Et surtout immédiatement jouissif et terriblement addicitif (c'était la session adjectifs/adverbes du jour). A tous les grincheux et les vieux cons qui répètent à longueur de journée que « c’était mieux avant » Dinosaur Jr. avait claqué un féroce « on s'en fout, avant c’est maintenant » avec un Beyond atemporel. A tous ceux qui pensaient que ça n'allait pas durer, ils rétorquent en signant l’un des albums les plus prenants de 2009. Sans se forcer.





Farm sur amazon.fr

Farm sur amazon.frNon je ne suis pas bègue. Mais je dois quand même me reire à chaque fois que j'écris Pony Pony Run Run pour être sur que je l'ai fait dans le bon ordre. Chronique expresse pour achat compulsif (suite chronique élogieuse dans Magic et disponibilité pour pas cher sur le net).

Il paraît que Hey You a fait trois fois le tour de l'internet en créant un joli buzz. Au temps pour moi j'avais encore raté ça. J'ai donc entamé sans attente ou à priori particuliers l'écoute de ce You Need Pony Pony Run Run, premier album des nantais de Pony Pony Run Run. Quitte à avoir un nom à la con, autant le remettre dans le titre de l'album pour achever de me rendre idiot.

C'est donc à de l'électro-rock, tendance revival 80's qu'on a affaire ici. Cut Copy, Metronomy et Midnight Juggernauts ayant prouvé l'année dernière qu'on pouvait toujours en 2008 allier guitares, synthés et paroles indigentes sans (trop) passer pour des ringards. L'ensemble est sautillant et frais, Hey You fait effectivement partie de ce qui se fait de mieux en la matière et le disque est loin d'être désagréable à écouter. Ca fonce dans le tas, les jambes commencent à remuer et hormis quelques fautes de goût avec des synthés (vraiment) trop eighties (First Date Mullet) ou des tentatives de bluesettes un peu chiantes (What I Feel), rien à redire si on apprécie le genre.

On regrettera en revanche la trop grande homogénéité et la légère absence de caractère de l'ensemble, qui peine à se démarquer de ses modèles, jusque dans le nom du groupe (les Pony et les noms à répétitions on a notre dose) ou titres de chansons (Future of a Nation, hommage à New Order ou simple manque d'inspiration ?)


Moins mémorable que le génial In Ghost Colours de Cut Copy, moins profond qu'Images of Sigrid de Poni Hoax (ahem), Pony Pony Run Run nous livre quand même un bon disque pour danser cet été. Qu'on aura sans doute malheureusement oublié au retour des vacances.





Myspace de Pony Pony Run Run

You need Pony Pony Run Run sur amazon MP3

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Rarement un best-of aura aussi bien porté son nom que Ten Years of Tears, la compilation posthume d'Arab Strap. L'alcool pas cher, les relations foireuses, les échecs amoureux, l'Ecosse, Arab Strap c'était la bande-son du sordide ordinaire. Aidan Moffat pour l'écriture ultra-crue, Malcolm Middleton pour l'instrumentation sobre, tendance post-folk des jours de pluie. Le duo écossais était capable de vous arracher des larmes à chaque morceau. Même en chantant "It was the biggest ever cock you'd ever seen, but you've no idea where that cock has been." sur un Philophobia vraiment glauque. Vers la fin, la musique s'est éclaircie, pas les paroles. Avec notamment un There Is No Ending (dernier morceau du dernier album du groupe, intitulé The Last Romance, les indices de la séparation étaient là) au firmament de la pop song de lendemain de cuite. Ce qui devait arriver pour un groupe ayant élevé la séparation au rang d'art, arriva en 2006. Estimant qu'ils avaient tout dit ensemble, les deux hommes se sont quittés pour poursuivre leurs routes respectives.

On aurait pu penser que chacun de leurs côtés, le musicien sans son parolier et le chanteur sans son multi-instrumentaliste, privés de cette relation quasi-symbiotique, les deux compères seraient moins intéressants à suivre. Tout faux. Car l'absence de l'autre a sans doute permis à chacun de dévoiler certains aspects seulement entraperçus jusque-là. Prenons l'exemple de Malcolm Middleton (car mine de rien, cette chronique est censé parler de son dernier album). Quasiment muet sur l'ensemble de la discographie d'Arab Strap, il s'était révelé un songwriter plus qu'attachant sur A Brighter Beat, album révélation de 2007. Moins cru, moins glauque, moins dégueulasse, que son compère, Malcolm c'est le super-héros du quotidien. Un quotidien un peu trop gris, où l'exploit consiste parfois à sortir de sous sa couette pour aller boire une pinte au pub d'à côté. Un héros, un peu chauve, un peu bedonnant, avec un accent qui sent bon l'Ecosse. Un super-héros sans super-pouvoirs (« Every day I check for my super-power or special ability, but it's still in the post, I know it is » ou encore ce génial « I must be an undercover spy disguised as my life » sur le fabuleux Carry Me). Un monsieur tout-le-monde vraiment attachant avec qui on prendrait bien un verre en sortant du boulot.

Mais un monsieur tout-le-monde avec un vrai talent musical. Voire même pas mal de génie. Des compositions qui débordent d'idées ; des chansons à tiroir. Avec des double-fonds. Tantôt seul avec sa guitare acoustique (Carry Me, Stop Doing Be Good), tantôt power pop (Red Travellin' Socks, imparable pour les matins de réveil difficile), l'ami Malcolm brouille les cartes. Meilleur exemple, Zero, qui démarre avec un orgue à la Dylan, qui se fait couper en deux par une Game Boy, suivie par deux guitares, une basse et une boîte à rythme électro, qui se transforme en break hip-hop. Ça peut paraître complètement incohérent. La bonne nouvelle, c'est que ça ne l'est pas du tout. Tout paraît à sa place, voire plus. Loin des compositions de Grizzly Bear, qui nécessite plusieurs écoutes avant de s'apprécier à sa juste valeur, les morceaux ont cette qualité d'être à la fois directs et complexes. Chaque écoute révèle un élément supplémentaire, mais on accroche dès la première. Signalons au passage la qualité de la production, extrêmement claire et rendant chaque partie accessible. Ce qui permet de se plonger au mieux dans le son Middleton. Aux manettes ? Lui-même. Quand on vous dit que le bougre n'est pas si ordinaire qu'il essaye de nous faire croire.

Au final, on retrouve cette ambivalence du dernier album d'Arab Strap et surtout des précédents albums de l'écossais (We Are All Going To Die sur A Brighter Beat en étant le meilleur exemple) . Il en ressort une agréable sensation douce-amère. Celle du soleil qui perce entre deux maisons de brique tristes, un lendemain de cuite.






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Myspace de Malcolm Middleton


Chronique de l'album sur I Left Without My Hat

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